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pensez à référencer vos personnages dans le repertori.
Cela vaut également pour les scénarios et préliens que vous créez, ne les oubliez pas!


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 the bridge is broken l noor

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Eusebio Bataglia
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MessageSujet: the bridge is broken l noor   Jeu 12 Avr - 22:48


Ca pèse de plus en plus lourd, les portables, sur les doigts. Plus on évolue plus ça pèse lourd, les portables sur les doigts. Plus ils se perfectionnent plus on les sent. Et alors c'est pour quoi, tout ça ? Pour qu'on s'en souvienne plus ? Qu'on passe nos vies à se retourner sans cesse sur eux comme sur un animal qui réclame ? Le petit Tamagochi a bien grandi, il contrôle dès à présent vos vies.
Eusebio ça fait six mois qu'il a éteint son portable et qu'il l'a minutieusement rangé dans un tiroir de son petit appartement. Il s'est dit en le rangeant : dans quelques temps, j'aurais accumulé un peu d'argent, je pourrai peut être m'acheter une petite maison. Il faut accumuler, c'est triste à dire mais c'est important d'accumuler quand on est quelqu'un qui ne peut plus utiliser sa carte bleue sans risquer de se faire localiser et capturer. Ouais, "capturer". C'est un mot qui est rentré dans son vocabulaire alors qu'il n'aurait jamais dû s'y trouver.
Bref, ça fait donc six mois. Et donc pourquoi aujourd'hui ? Parce qu'il n'avait rien à faire, parce qu'on est dimanche et qu'il n'a pas encore réussi à avoir la permission de travailler dimanche y compris au chantier. Parce qu'il fait beau et que rien faire est hors de ses possibilités, et que quitte à faire quelque chose autant faire ça. Ca qui traîne. Il marche jusqu'au port avec le portable. Il s'allume une clope, ce serait quand même con de pas profiter de ce soleil tant qu'on y est, il s'allume une clope et il inspire très fort conjointement la fumée, l'iode et l'huile de moteur de bateau. C'est le mélange d'odeurs de son enfance, du temps passé avec Gianni, le grand copain marin de son père. C'est le mélange d'odeurs de sa vie. Et c'est un mélange qui l'apaise curieusement, qui apaise son coeur qui à sa grande surprise bat un peu plus vite que d'habitude. Il appuie sur le bouton allumer comme on parle une langue qu'on a pas parlée depuis longtemps. Comme on bredouille des mots maladroits, avec la même panique de réaliser un savoir autrefois acquis maintenant bancale. L'écran s'éclaire, lui souhaite la bienvenue, et lui il trouve que ça dure un temps infini, d'autant plus infini qu'il ne se souvient plus s'il a bien désactivé la localisation. Il n'a jamais voulu d'un portable aussi compliqué, mais c'était un cadeau de la famille de Barbara, et on ne refuse pas les cadeaux de la famille de Barbara.
Non. Pas de localisation activée.
Il respire à nouveau.
Ou en tout cas, un peu mieux.
Et là c'est le tremblement de terre de poche. C'est des messages qui n'en finissent pas d'arriver, un point rouge qui se grandit en accumulant des chiffres et des chiffres d'appels manqués, son père, sa mère, Gianni, Taddeo, le beau-père, la belle-mère, les beaux-frères, tout. Et puis, un message unique : Barbara.


Citation :
Je ne sais pas où tu es. Je ne sais pas pourquoi. Je voudrais te tuer.

Exploser en larmes c'est une expression vraiment parfaitement adéquate, il a fallu beaucoup sentir pour l'inventer. Ca remonte du bas du corps comme un missile nucléaire qui s'arme, ça remonte tout à une vitesse ahurissante et ça sort par le haut sans qu'on puisse rien y contrôler. Eusebio ne pleure pas, c'est sa carcasse qui lui fait un gros sale coup. Eusebio ne pleure pas, alors s'il pleure c'est absolument, totalement, extrêmement. Est-ce qu'elle s'imagine qu'il a lu le texto haussé les épaules parti boire des bières avec des meufs ? Est-ce qu'elle s'imagine qu'il est parti parce qu'il s'en fout ? Est-ce qu'elle sait comme c'est douloureux de recevoir une menace de mort de quelqu'un qu'on a absolument, totalement, extrêmement aimé ?
Il reprend sa respiration. Il l'attrape dans l'air et la remet au bon endroit. La fumée - l'iode - l'huile de moteur de bateau. Le cri des mouettes. Les bateaux amarrés qui grincent. Il reprend sa respiration, il enferme sa clope dans son cendrier de poche et il supprime, méthodiquement il supprime tout. Les messages lus, non lus, les photos, les notes, les appels manqués, les numéros. Il fait ça avec le calme de la mort, le calme d'après la noyade. Et quand il a fini, il s'essuie la gueule avec sa manche pour tirer un trait et effacer ça aussi, effacer Barbara sur son visage, il prend tout l'élan qu'il peut avec le bras qui a essuyé, et puis il balance. Balance le portable dans le lac. Balance plouf bim disparition totale et peu importe l'iode ou pas l'iode le mécanisme technologique sera bouffé par le temps par l'eau par les poissons par la merde et les générations qui passent.
Eusebio regarde les ronds à la surface du lac et se demande s'il va à nouveau frôler l'explosion nucléaire ou si c'est un calme inconnu qui l'étreint. Il ne connait pas la sensation qui travaille son corps, là tout de suite, cette sensation qui fonctionne par élancements, cette sensation présente en sous couche, qui fait des allers retours incessants de trains emportant des masses d'anonymes au loin en ramenant d'autres. Eusebio-Gare, dont le corps contient soudainement toute la population de la terre, qui reste figé pour la première fois de sa vie, debout sur l'embarcadère.

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Noor Cresta
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MessageSujet: Re: the bridge is broken l noor   Sam 14 Avr - 18:14

the bridge is broken.
EUSEBIO + NOOR

La ville qui fourmille, qui bourdonne, qui bouge dans tous les sens, se déroule sous le regard de Noor qui la traverse en ce dimanche matin. Elle aime le dimanche matin à Malcesine, car c'est le seul moment où la ville semble s'animer d'une dynamique urbaine, autour du petit marché qui bat son plein. Si on est loin des trottoirs bondés des avenues new-yorkaises, ça n'en reste pas moins ce qu'elle en a trouvé de plus proche, et pour ça, Noor savoure ces matinées.
Elle se lève avant Carl, profitant seule de cette promenade avec ses souvenirs. Il ne comprendrait pas et elle le sait très bien. Et puis, il s'arrêterait tous les cinquante mètres, saluant untel, échangeant des paroles en italien avec un autre, elle ne comprendrait pas, s'agacerait, et la matinée serait ruinée. Non, Noor est ravie de prendre ce temps pour elle, comme un instant solitaire qui, pour une fois, n'est pas subi. Souvent, elle ère dans les rues, sur les plages, sans savoir pourquoi. Ce matin, c'est elle qui en fait le choix, et elle se sent forte, puissante, libre enfin.

Son oreille se laisse happer par les accents chantants, les mots qu'elle ne saisit pas mais qui coulent, qui glissent, comme une poésie. Noor descend vers le port, digne des cartes postales. D'ailleurs, avant de venir, c'était une des seules images qu'elle avait de Malcesine : son port, démultiplié en quarante ridicules miniatures sur Google Images, aux couleurs irréalistes et saturées de retouches. Aujourd'hui encore, il reste l'endroit qu'elle préfère au cœur du village, en ce qu'il vibre toujours d'une certaine animation, que ce soient les touristes et leurs enfants bruyants ou les pêcheurs vendant leurs prises du jour à la criée.

Habituellement, elle avance au bout de l'embarcadère et s'assoit un moment. Aucune poésie là-dedans : il se trouve que c'est le seul endroit de Malcesine où son téléphone affiche plus d'une barre de réseau, et pas des moins agréables pour consulter sa messagerie, s'entend.
Mais aujourd'hui, à sa place, il y a quelqu'un.
A sa place,il y a un homme, debout, seul et immobile. A croire qu'il se prend pour un phare, avec ses grands bras ballants le long de son corps.
Noor n'a jamais été femme à s'encombrer des autres, et malgré une légère hésitation, elle poursuit son chemin en sa direction. Et puis, le voilà qui jette son téléphone à la mer, comme d'autres une bouteille. Elle fronce les sourcils. Alors qu'elle arrive à son niveau, elle laisse son visage revêtir un sourire chaleureux, de celui qu'elle affiche lorsqu'elle aborde des inconnus.


« Hi ! Your phone died, or are you trying to communicate with the fishes ? » Lance Noor en un éclat de rire, dans son anglais-américain à la prononciation parfaite. Elle étudie son interlocuteur, songeant seulement maintenant au fait qu'il ne parle peut-être pas l'anglais. Son regard rougi, hébété, suffit à la déstabiliser. « You understand ? No parlo... italian. »

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Elle portait une robe grise, d'un gris extraordinaire, presque blanc, où la lumière s'accrochait, comme, à l'aube, certaines teintes de la mer.
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Eusebio Bataglia
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MessageSujet: Re: the bridge is broken l noor   Mer 18 Avr - 1:07

C'est l'envie de vomir. Voilà ce qui l'étreint : une furieuse, irrémédiable, terrible envie de vomir. C'est une envie de vomir particulière, où il se demande si ce ne sont pas ses organes tout entiers tous ensembles qu'il va expulser de son corps, plutôt que de la bile vaguement parsemée de café, seule chose qu'il a absorbée depuis la veille au matin. Et finalement ce ne serait pas si mal, d'abandonner ses organes à son portable, puisqu'ils n'ont jamais su rien faire d'autre que de le mettre dans cette situation de merde qu'il porte sur ses épaules comme un cauchemar obèse morbide depuis neuf mois. C'est la fin d'une grossesse non désirée, c'est le moment d'extirper l'enfant dont personne ne veut, et de le faire disparaître pour toujours. Mais l'enfant ne veut pas venir, et Eusebio reste sur le pont sentant le fardeau s'alourdir un peu plus sur ses épaules.
C'est cet accouchement qui ne veut pas venir que Noor interrompt et trouble. Eusebio revient à peine parmi les vivants, cligne de l'oeil hébété par le soleil qu'il avait oublié, et voilà qu'une jeune femme blonde lui parle le langage des touristes. Il le regarde aussi ébahi que si elle était la réincarnation de son portable tout juste décédé. Plus naïf qu'il n'a jamais été, même à cinq ans (déjà cynique). Très vite le grand Eusebio, le vrai, le marin, débarque sur l'embarcadère, trainant maladroit dans sa course comme un type qui a fait une habitude de n'arriver jamais à l'heure.
Io non capisco l'inglese Il grogne, un peu embarrassé. Il n'a pas appris, lui, le constructeur de bateaux jamais au contact des touristes. Ca n'a jamais été un problème pour lui mais voilà tout d'un coup qu'il se sent enfant, face à cette femme, d'être incapable de communiquer. Et puis ça le reprend : après tout, elle est en Italie la bonne femme, en plein coeur, elle devrait s'adapter plutôt que lui. Ora, farai meglio a sbrigarti. Maintenant, tu ferais mieux de t'en aller, parce que sinon je vais vomir sur tes jolis petits escarpins. Ce n'est même pas une menace, il est sûr que ça va arriver, que ça y est c'est le moment de donner la vie à son deuil et que ça ne peut pas passer par quelque chose de joli.

Pourtant son corps semble s'être mis en pause, comme assez intéressé par la jeune femme pour interrompre complètement toute action en cours. Et il fait carrément chier, ce corps, à être soudainement troublé par n'importe quelle blonde qui passe, comme s'il avait quatorze ans et que ses premières timidités sexuelles étaient à venir. Ca ne s'interrompt pas, un accouchement pareil, c'est un ticket assuré vers l'avortement du déni ou la gestation éternelle du ressassement.
Hai da accendere? Il sort une clope de sa poche de poitrine et la secoue sous le nez de l'américaine pour lui faire comprendre. Il peut au moins bénir les dieux que cet accouchement dont il ne veut qu'à moitié ne nécessite pas qu'on se passe de nicotine. Son corps se permet d'oublier Noor deux secondes et soudainement voilà le premier haut-le-coeur, la première contraction qui vient. Il prend la grande respiration post spasme de ceux qui ne sont jamais malades et qui sont donc énervés comme des cabots enragés quand ils le sont. Acqua ? Il déteste ça, devoir se réduire à faire le geste enfantin de porter une bouteille imaginaire à ses lèvres, mais le nombre de choix étendu devant lui est clairsemé. Enfin, il prend le temps d'examiner son interlocutrice laborieuse. C'est quoi cette espèce de haute classe qui se balade en talons au port comme si on était sur la Croisette, maquillée et apprêtée à une heure pareille, comme prête à tourner devant n'importe quelle caméra qui voudrait bien la filmer ? Evidemment, il aurait du prévoir que les fouilles n'amèneraient pas que des archéologues, qu'il y aurait peut être leurs femmes et leurs maris, qu'il y aurait peut être des bourgeois trop excités par l'événement devenu glamour et médiatisé pour ne pas venir sur place. Mais l'idée ne l'avait pas frôlé. Du moins, pas d'aussi près. Il la regarde et se demande si la vie est plus simple quand on passe sa vie à porter un masque social. Est-ce qu'on finit par croire à ce masque social, s'y perdre absolument et s'abandonner dans l'illusion qui seule permet d'être heureux ? Il la connait la réponse. Elle frise en sous couche dans l'oeil de l'inconnue qui le toise. C'est peut être possible de se perdre dans le rôle mais tous n'y parviennent pas, et celle-là certainement pas ou plus.

Citation :
Je ne sais pas où tu es. Je ne sais pas pourquoi. Je voudrais te tuer.

Est-ce qu'elle aussi a un jour reçu un message pareil ? Est-ce que ces gens là reçoivent ou envoient des messages pareils ? Et si oui, est-ce qu'eux aussi doivent accoucher neuf mois après de leur douleur, ou est-ce qu'ils la boivent plutôt dans les soirées mondaines ? Est-ce que celle-ci aussi porte une douleur en son seing ?
Voilà tout ce qu'Eusebio pense d'humain et de sincère. Mais sa bouche elle, face à quelqu'un qui ne parle pas sa langue, n'est capable d'exprimer que
Accendere ? Comme un perroquet qui ne possède que les quatre éléments dans son vocabulaire. Il la regarde et pour une fois attend vraiment ses réponses, ses réactions, s'intéresse pour une fois à l'humain s'il peut seulement lui faire oublier le difficile processus qui s'est emparé de lui.

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Noor Cresta
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MessageSujet: Re: the bridge is broken l noor   Mer 18 Avr - 14:23

Regard décontenancé, d'un côté comme de l'autre de l'embarcadère. Noor sent qu'elle a interrompu quelque chose, un mouvement intérieur, un remous incontrôlable et silencieux, de ceux qui ne peuvent seulement s'arrêter. Et pourtant, arrivée là comme une fleur, elle a mis fin - ou simplement pause - aux agitations de son interlocuteur, qu'elle sent encore empreint des secousses de son tourment, comme des spasmes, mais tout, tout à l'intérieur. Ne pas montrer, ne pas ressentir, elle en sait quelque chose, Noor, car c'est ainsi qu'elle traverse sa vie. Elle joue cette autre, cette autre qu'elle aimerait être autant qu'elle la déteste, qu'elle se déteste parfois, parce qu'elle n'est pas aussi naturellement parfaite que ses modèles.

Elle plisse les yeux, soleil à contre-jour, pour mieux distinguer le visage de l'homme. Et tout ce qu'elle voit, ce sont des traits fermés, presque contrits, comme s'il était en proie à des douleurs vives, menaçantes. A ses yeux et à ses gestes, Noor comprend qu'il ne parle pas un traître mot d'anglais (comme c'est surprenant, se dit-elle, on est vraiment au fin fond du monde ici). Il lui parle en italien, mais face aux yeux écarquillés de Noor, finit par abandonner. Il agite devant elle une cigarette, requête sourde qu'elle interprète comme une demande de feu, elle accepte en hochant de la tête, et ce n'est pas seulement à sa demande qu'elle accède, mais aussi ce dialogue de sourds, fait de mimiques et de gestes, qui s'amorce alors entre eux. Noor tend vers lui un briquet qu'elle extirpe de son sac ; si elle ne fume plus depuis des années, elle a gardé cette manie d'avoir toujours sur elle un feu. Parce qu'on ne sait jamais, parce qu'il est toujours rassurant pour elle, pour une raison étrange, d'avoir ça sous la main si une pulsion lui venait, soudaine envie de nicotine, soudain besoin de ressentir la cigarette entre ses lèvres.
Et puis il mime encore, lui demande cette fois une bouteille d'eau qu'elle n'a pas. Elle hausse les épaules avec un air désolé, balbutie un
« Scuzi » du bout des lèvres.

Noor se demande qui est ce curieux personnage, avec son allure de grande perche aux épaules larges, son regard noir, son ton bourru et ses poches apparemment bien vides. Il semble tombé du ciel, pas comme les gens d'ici qui se connaissent tous, s'apostrophent à chaque coin de rue en parlant avec les mains. Lui, on dirait qu'il n'est pas d'ici, et qu'il est seul, bien seul. Alors elle s'approche de lui, distinguant de plus près ses sourcils froncés.


« Are you okay ? You seem sick. » Elle accompagne ses paroles d'illustrations, successivement en le montrant du doigt, levant le pouce. Vaguement, elle se demande ce qu'elle fait là et considère de le laisser à son désarroi ; Noor n'est pas femme de solidarité, encore moins quand elle ne connaît les gens ni d'Eve, ni d'Adam. Et pourtant elle reste là, plantée comme un piquet au bout de l'embarcadère. Elle reste, comme pour tenir compagnie à cet homme à la solitude transperçante, ou peut-être pour rendre la sienne, de solitude, moins pesante.

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Eusebio Bataglia
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MessageSujet: Re: the bridge is broken l noor   Dim 13 Mai - 0:48

Soudainement, malgré son mal être, malgré tous les spasmes qui l'étreignent, malgré toute cette merde qui encombre, il rit. Il rit de voir cette femme élégante, très propre sur elle, faire un pouce en l'air d'enfant en le pointant du doigt comme s'ils jouaient aux cowboys et aux indiens. Autant lui s'était senti ridicule à faire des gestes de bouteilles, à faire le mime pathétique qui ne trouve plus de langue, autant à la voir faire il retrouve une formidable enfance qui remet tout en question. Pourquoi, en grandissant, perdons nous cette capacité à ne rien prendre au sérieux plus d'un quart d'heure ? Les gamins sont intensément tristes pendant un tout petit temps, intensément comme plus aucun adulte ne l'est probablement, mais dès le temps écoulé ils passent à autre chose et plus aucune trace ne reste de ce gros chagrin. Cet effet pirouette les préserve. A l'âge adulte il semble que peu d'artifices joyeux soient capables d'accomplir le même effet. On est livrés à nous-mêmes, condamnés à gérer nos emmerdes avec maestria comme si on avait la résistance d'un coup de tonnerre. Alors oui : Eusebio rit comme un enfant, accepte avec frénésie cette porte de sortie, cet artifice joyeux que Noor lui offre sans s'en apercevoir. Et il le sait, qu'il a probablement l'air complètement fou, mais cet enthousiasme illusoire fait trop de bien dans le ventre pour le temps qu'il dure pour qu'il s'en prive. Alors il lui rend son pouce, et puis le met à l'envers, puis à nouveau à l'endroit, et voilà qu'il mime l'état de l'humanité entière en deux mouvements. Pourquoi est-ce qu'on ne peut pas s'empêcher d'en avoir quelque chose à foutre, du passé ? Est-ce qu'il sert vraiment à quelque chose, est-ce qu'on ne trébuche pas de toute façon mille fois sur la même pierre ? Est-ce que, parce que ce sms est venu le crever le corps aujourd'hui, il l'empêchera pour autant de paniquer s'il se retrouve une nouvelle fois à deux pas de l'autel ?
Il aperçoit une alliance à la main gauche de la jeune femme et ça le fait rire à nouveau, il rit mais vraiment, comme il pleurait vraiment quelques minutes plus tôt, tête renversée, ouvert à ce qui le traverse, totalement. Il rit puis se calme, et pointe du doigt l'alliance, et fait un nouveau pouce en l'air à la signification complètement différente, sourcils levés et yeux écarquillés, secouant la tête, exagérant la mine.
Good ? Marriage ? Yes ? Pour l'occasion il fait même l'effort de sortir les trois pauvres mots qu'il connait en anglais. Enfin, il doit en connaitre d'autres mais il fera l'effort plus tard. Est-ce qu'elle aussi elle a reçu un sms-meurtrier et est venue se promener sur le port comme pour le laisser s'envoler d'elle avec le vent ?

Lui, il arrive à un moment où il s'en fout. L'ivresse de l'hilarité est trop bonne, elle efface un peu les spasmes, elle vire la gerbe, elle la transforme en autre chose, et oui ça empêche l'accouchement de se produire et c'est lâche de s'épancher là dedans mais qui n'a jamais trouvé tous les moyens possibles d'éviter la douleur même quand on la sait nécessaire ? A ce stade là ce dilemme ne se pose même plus dans son esprit. C'est un addict qui court après sa dose, rien d'autre n'existe que les moyens et les fins de l'obtenir.
I, euh... I...barca ? Boat ? I fare boat ? Tu vuoi boating ? Oui, parfaitement : prendre le bateau. Ce n'est pas une proposition de fugue, il n'est pas aveuglé par le malheur, il sait bien qu'ils n'iront pas bien loin sur le lac de Garde. Mais le tout milieu de l'eau, où personne ne peut les atteindre sans un autre bateau ou beaucoup d'effort. Etre en plein milieu, donc dans un non lieu, fabriquer sa propre île déserte, une cabane en plein air, naviguer n'importe comment et prendre le risque de se noyer (pour sa part à lui en tout cas). Ou tout simplement apprendre à quelqu'un à naviguer, pour se sentir moins inutile, pour se sentir utile à un truc dans ce monde autre que de briser des coeurs comme une merde, des coeurs de merde brisés.

C'est bien, cette barrière de la langue : elle empêche de parler pour ne rien dire. Elle force à aller à l'essentiel. Bien sûr il pourrait lui faire des monologues interminables, la nourrir d'italien jusqu'à ce qu'elle n'en puisse tellement plus qu'elle se barre d'Italie pour toujours. C'est beau l'italien, ça sonne bien pendant des heures, ça coule, c'est pas un problème à faire. Eusebio n'a jamais compris les gens qui parlent énormément. Bien sûr c'est facile, mais c'est tellement plus intéressant de se taire, et quand on se tait on est insultés ou sujet à un million de remarque. Qu'est-ce qui fait si peur aux gens dans le silence ? Est-ce que dans le bruit ils trouvent ce qui étanche une soif semblable à celle qui étreint Eusebio ? Est-ce qu'ils sont dépendants h24 du bruit ? Quelle vie catastrophique. Quelle addiction catastrophique.
I go boating. You vuoi boating ? S'il n'a écouté aucune de ses réponses depuis tout à l'heure, celle-ci l'intéresse véritablement. Celle ci n'est pas un jeu. C'est une vraie proposition. C'est un chien qui dépose la balle au pied d'un humain en remuant la queue, plein d'espoir.

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MessageSujet: Re: the bridge is broken l noor   Ven 8 Juin - 14:07

Il se passe quelque chose, Noor le sent, d'une manière presque imperceptible, un mouvement de l'air autour de lui, une façon de parler, de se mouvoir, de passer d'une chose à lui. Quelque chose qui lui échappe, à Noor, chez cet homme en proie à des émotions visiblement complexes, rendues plus difficiles par l'impossibilité de les exprimer dans sa langue natale. Elle voit ses yeux se poser sur l'alliance, et presque par timidité, ou par honte, elle a envie de la cacher. Il est trop tard pourtant, il l'a vue, et il se marre, comme un enfant il rit, il explose un peu. Le calme retrouvé, il l'interroge. « Good ? Marriage ? Yes ? » Noor hoche la tête, geste systématique appris par cœur, approbation silencieuse - c'est ce que l'on attend d'elle, après tout, vanter les bienfaits d'un mariage malheureux à qui veut l'entendre - y compris un lunatique rencontré sur le port. Elle n'en dit pas plus, ne lui retourne pas non plus sa question, pudique, prudente, troublée.

Il ne semble pas s'en offusquer, par ailleurs, et change de sujet sans plus tarder. Il bafouille trois mots, bateau, boat, barca, l'italien et l'anglais qui se mêlent et se mélangent difficilement, comme une belle métaphore de leur rencontre hasardeuse. Noor fronce les sourcils, pas certaine de comprendre où il veut en venir - pas certaine de vouloir comprendre, peut-être. Il insiste, réitère sa proposition. Il veut l'emmener naviguer, là, sur le lac. L'avventura, la vraie, des sentiments embarqués sur l'eau. Pour Noor qui n'a jamais pris la mer que sur des paquebots de luxe, et non des embarcations de misère comme celle qu'il lui offre, c'est plus encore qu'une simple aventure ; un défi. Elle a envie de croire au destin, soudain, de mettre de côté ses manières et d'accepter que tout, aujourd'hui, l'a menée au milieu du lac, zone de vide où le temps s'arrête, en proie au mouvement de l'eau.
« Okay, » elle réplique, à moitié convaincue pourtant. Elle prend sur elle, Noor, elle se veut intrépide, un peu imprudente aussi. « Let's do this ! »

Noor monte sur la barque, aidée de l'inconnu. Elle vacille un peu sans tomber pourtant, et leur expédition commence, pèlerinage vers la vie, celle qui depuis trop longtemps s'écoule sans frasques et sans caprices. Noor a envie de parler avec lui, mais son anglais est trop précaire pour beaucoup de choses, et son italien à elle n'est pas plus glorieux. Elle se contente donc des quelques mots qu'elle a appris à bredouiller. « Mi chiamo Noor. Tu ? » Si cela pourrait passer pour de la politesse, c'est pourtant sincère : elle veut savoir qui il est, même si ça n'est que son nom, même si c'est superficiel. Elle veut se souvenir de lui comme une personne, pas un inconnu, et quand elle racontera l'histoire, elle pourra le nommer. Si elle la raconte un jour.

Sous eux, l'eau court. Au-dessus, le soleil voilé perce difficilement les nuages. Noor respire.


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MessageSujet: Re: the bridge is broken l noor   Sam 16 Juin - 14:47

Oh nom de dieu, combien de gens s'enferment comme cette femme s'enferme cette femme au regard qui a appris à dire oui qui a appris à dire tout va bien qui a appris la docilité sous les coups du mariage ? Combien de gens passent d'une vie sincère à une vie de masque permanent ? Est-ce que si on mettait des vrais masques sur les visages de ces gens et qu'on les posait devant un miroir ils comprendraient l'indicible de leurs situations ? Seulement des semblants d'humains. Quelle est la récompense pour une telle défaite ? Quelle est la récompense, puisqu'elle convainc tout le monde de s'enfermer dans ce piège ? Ce n'est pas le principe sur lequel Eusebio a quittée Barbara qu'il regrette, c'est le fait de lui avoir fait du mal. Il continuera toujours de penser, envers et contre tout, que le mariage et toute reconnaissance institutionnelle de l'amour en général est une taule où meurent les sentiments. Il aurait simplement voulu n'abimer personne sur le chemin de ses idées. Et c'était lui qui avait cherché la merde : l'avait demandée elle en mariage. Certes poussé par une pression extérieure, par sa famille à elle, à lui, par certains de ses regards, etc, etc. Il avait cru pouvoir abandonner sa liberté pour elle. Il s'était amèrement trompé. Fin de l'histoire, ça ne sert à rien d'épiloguer dessus.

Alors qu'elle le suive sur cette barque misérable, elle si bien habillée, elle si piégée dans son mariage, qu'elle suive son impulsion folle ("okay" c'est un mot universel, pas besoin de parler anglais pour le comprendre) lui redonne une forme d'espoir. Ou lui donne raison ? Il ne sait plus très bien, l'élan est plus important que la réflexion.
La barque vacille sous leurs poids maladroits et Eusebio mi inquiet mi mort de rire fait signe à Noor de s'asseoir sur le petit banc de proue. Puis il saute sur l'embarcadère et d'un geste savant défait le noeud qui retient la barque à la terre ferme. Il aime à sentir les cordes rendues encore plus rêches par le sel sous ses doigts, ses doigts qui depuis longtemps ont formé une couche de corne assez conséquentes pour ne plus se laisser abimer. Il lève un regard joueur qu'il n'avait pas senti sur son visage depuis bien longtemps, et il savoure ce visage qu'il se retrouve, la sensation des plus petits muscles. Il trouve Noor à travers le soleil qui pointe doucement son nez. Il dit
Io Eusebio. Euse. après s'être dit, c'est étrange comme prénom, Noor, n'avoir pas été sûr que c'est exactement ça dont elle parlait malgré les mots dans sa langue natale. Puis il saute à nouveau, lestement, bout en main, veillant à déséquilibrer l'embarcation le moins possible histoire de ne pas décourager la jeune femme avant même d'avoir fait trois mètres sur le lac. Il lance le vieux moteur qui tousse de mécontentement, si peu sollicité qu'il est d'habitude (il avait raison ils se sont vraiment foutus de sa gueule à le faire repeindre une barque de merde dont en plus personne ne se sert plus). Il vérifie le niveau d'essence puis s'assoit à la barre, face à Noor dont les mains sont toutes crispées sur le banc. Is fine, eh ? Il aimerait lui dire qu'ils ne risquent pas grand chose sur le lac de Garde même s'ils se renversaient, et il parle en connaissance de cause tout non nageur qu'il est. Mais incapable de trouver les mots, il se contente de presser longuement ses paupières dans un sourire en secouant la tête, dans l'attitude des chats tranquilles.
L'embarcation prend vite de la distance par rapport à la terre ferme. Elle ne vaut pas un clou mais ils ne sont pas bien lourds. Pas bien lourd : ça, Eusebio trouve ça carrément ironique. Que le poids de leurs malheurs soit aussi immatériels, ça fait partie des choses qu'il ne comprendra jamais. Cette physique froide, si détachée des sentiments, qui fait qu'un homme qui se sent une tonne à cause de la fatigue, la lassitude, la douleur, continue de peser ses soixante dix kilos. Les mêmes soixante dix kilos que pendant la légèreté de l'amour, que pendant le bonheur le plus absolu. C'est ironique. C'est un mécanisme étrange.

Et s'ils tombaient sur le portable flottant à la surface ? Et si après le plongeon qu'ils l'ont tous les deux vu faire il s'est tapé une petite poussée d'Archimède cruelle et qu'il l'attend trônant sur les flots ? Il se connait Eusebio. Si ça arrive il y a de grandes chances qu'il rentre dans une rage que n'importe qui aurait des difficultés à contenir, lui en premier. Une rage beaucoup trop violente pour leur petite barque de fortune.
Alors il décide de ne pas penser à la possibilité et à nouveau, comme Noor, il respire.
Non so nuotare. Ca n'a jamais été une panique pour lui. Il n'a jamais cherché à y remédier, ni à s'éloigner de l'eau pour autant. Ce n'est pas un élan suicidaire, c'est une forme de fascination. Comme de don à la mer. Si je te fais l'insulte de tomber, alors tu as le droit de me punir comme bon te semble, je n'aurai aucune arme pour me défiler. Il sait bien qu'elle ne le comprendra probablement pas mais il se sent l'envie d'énoncer la chose. Eusebio si ignorant du principe de psychanalyse découvre les biens faits d'énoncer certaines choses à voix haute sans qu'elles aient besoin d'être discutées. Tu voglio drive ? Driving ? Hold this ? Au fur et à mesure qu'il parle et tente de trouver des mots anglais lui reviennent des réminiscences de séries nulles qu'ils regardaient avec Barbara. Elle qui souvent mettait les sous titres en anglais pour apprendre et lui qui faisait l'enfant, à ne mettre aucune volonté à comprendre jusqu'à ce qu'elle cède et remette la VI. Il a cet élan qu'on a quand on a été très proche de quelqu'un et que c'était la personne à qui on racontait quand il se passait un truc se rapportant à des expériences ou plaisanteries communes, de vouloir dire à Barbara regarde tu avais raison ça a servi. Et cet élan comme toujours est si pur qu'il en oublie pendant ses premières secondes qu'il ne peut plus raconter ces choses là à Barbara.

Quelque chose à nouveau, tombe en lui. L'élan se brise.

Mais comme pour ne pas faire injure à leur périple, il offre le meilleur sourire qu'il puisse, le plus sincère possible, à Noor, et se lève pour lui laisser la place à la barre.

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