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 une centième découverte (lola)

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MessageSujet: une centième découverte (lola)   Ven 13 Avr - 19:17


tu t'souviens encore du jour où elle s'est pointée. tu t'souviens du jour où tu l'as rencontrée lola, c'est rare que tu t'souviennes si bien de tes rencontres achille. t'as tendance à oublier les choses sans importance relativement vite. tu v'nais de rentrer à la maison. enfin, ça faisait deux semaines. mais ces deux premières semaines c'était un véritable retour à la civilisation, celui où tu redécouvrais la vie, la sensation du soleil qui se languit sur ta peau tatouée, tu retrouvais enfin ta malcesine d'antan. ses paysages qui font briller cet éclat d'amour dans tes yeux. mais tu les entendais achille. tu les entends encore, ces chuchotements quand tu traverses la rue. on dit jamais trop rien à ton visage, on dit jamais trop rien à la famille penrose, pas ouvertement. parce que si tout le village a été au courant de ton incarcération, c'pas tout le monde qui est au courant de ton innocence. tu les entends, t'entends les langues de vipères claquer contre les palais acidulés, tu sens la vague de méfiance qui te frappe à peine tu sors dehors. a peine oses-tu mettre le nez dehors que tout ce flot t'inondes, te noies. au début tu voulais hurler au monde ton innocence, clamer sur la place publique que t'as rien fait. mais ils t'écouteraient pas, ça sert à rien. c'est encore une de tes idées débile.

tu lui as parlé sèchement la première fois que tu l'as vue lola. encore énervé par ce déversement de méchanceté à ton égard, t'avais pas envie d'être le gamin poli que t'étais y a une dizaine d'années. tu t'souviens de la première seconde où t'as posé ton regard sur elle, sur cette sirène. tu pouvais l'voir à sa gueule qu'elle était pas d'ici lola. qu'elle te racontait un peu des conneries, mais c'était pas ton problème. c'était plus le tien, c'était pas à toi de gérer une gamine comme ça. t'avais pas envie, pas le courage de te fatiguer encore un peu plus.

et un mois plus tard, t'es là. t'es avec elle, avec la poupée divine que t'as rencontré une vingtaine de jours plus tôt, à son arrivée dans ton précieux hameau. tu t'es épris d'une étrange amitié pour la gamine, t'l'aimes bien au final. elle peint. un truc que t'as jamais su faire toi, achille. t'es pas comme pluton, t'as pas la patience requise pour l'art. non toi tu préfères le sport, les trucs qui font mal. tes cheveux retenus par un bandeau parce que ça t'saoules de les avoir dans la tête, mais t'veux pas pour autant les couper, on va dire que c'est c'qui fait ton charme achille. tu veux lui faire découvrir du pays à lola, lui faire découvrir d'autres endroits que le centre-ville à la dam'zelle, t'sais pas si elle est venue ici. pour être honnête ça t'es un peu égal, parce que toi ça t'fais une bonne excuse pour venir ici. t'aimes monter sur ce mont, ça t'reposes. t'aimes bien les balades, tout seul ou avec quelqu'un qui appartient pas au clan penrose, parce que t'en as ras le cul de leurs regards de pitié, d'incompréhension. ton sac sur le dos, celui que tu quittes jamais, celui qui t'as coûté la peau du cul parce que t'peux y attacher ton skate, tu marches. tu gravis les pentes, en sifflotant un air. sans parler. et quand vous êtes en haut, tu souris comme un con. comme si vous étiez les rois du monde, que toute la vie vous appartenait. sans un mot tu sors ta bouteille d'eau de ton sac, parce que t'as tout prévu achille. vous avez la journée devant vous alors t'as planifié toute l'excursion. tu veux lui faire découvrir les plus beaux recoins de ta malcesine. tu bois une gorgée, puis deux. et encore sans un mot, tu lui tends ta bouteille à l'enfant.


Dernière édition par Achille Penrose le Sam 28 Avr - 11:53, édité 3 fois
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Lola Solara

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MessageSujet: Re: une centième découverte (lola)   Sam 14 Avr - 23:24

— Je t'ai déjà précisé que j'entretenais une relation tout à fait platonique avec le sport ?
Oui, Lola, oui, à peu près huit fois en l'espace de trois jours, depuis qu'Achille t'as promis une surprise renversante et ajouté, sourire canaille à l'appui (malheureusement pour elle, il est ravageur), que ça risquait de grimper sévère. Mais elle persiste à nouveau, au pied de ce qui lui semble être un obstacle infranchissable : un chemin de terre qui serpente farouchement vers le haut et disparaît au milieu d'une végétation drue. Elle soupire pour la forme, convaincue que ses jambes nourries au régime liquide ne la porteront jamais au sommet, et emboîte le pas à Achille. Achille dont elle sent la tension insidieuse se dissiper à mesure qu'ils avalent les kilomètres. C'est dur de maintenir le cap, de suivre ses pas assurés alors que les siens butent contre les racines au gré de ses jurons, de trouver une respiration qui ne soit pas hachurée, comprimée au creux de ses poumons plus habitués à respirer des couleurs ou des volutes de fumée. Lola a beau être une fille de l'air, du vent, éthérée et insaisissable, si elle devait être une nymphe, elle serait celle de l'asphalte ou du béton. Naples, Paris, Rome, Turin. Son univers se cantonne à l'urbain et elle respire mieux au milieu d'une foule dense, dopée à l'idée que son coeur bat à l'unisson avec des milliers d'autres. Le silence l'effraie et si elle loue la beauté majestueuse d'une nature à faire chialer, elle lui trouve un je-ne-sais-quoi oppressant, craintive à l'idée d'être bouffée dans son grand trou noir, dévorée par ce calme prodigieux que tous recherchent. Lola, brouillon, bouillonnante, l'âme par-dessus le corps et son coeur entre les paumes, elle a besoin de communion avec qui est tangible, palpable, préfère effleurer des phalanges inconnues entre les siennes plutôt que de se contenter de ce qui lui est si éloigné, qui se dressait là bien avant elle, racines solides et terriennes, et lui résistera des siècles encore.
Mais quand le découragement se fait sentir, il y a toujours un moteur invisible pour la pousser en avant. Le soleil qui perce les sous-bois pour venir courir en arabesques folles, ombres chinoises sur son épiderme à nu, son palpitant qui bat comme un dératé et oublie tout le reste, ses grimes et ses éraflures suturées à la va-vite, trop occupé à pulser toujours plus vite pour la maintenir à flots ou encore l'idée de capturer contre ses opales ambrées la beauté à l'état brute. Et lui. Achille. Achille au pas léger et à la silhouette souple qui louvoie entre les obstacles comme une rivière. Achille dont elle discerne enfin les volutes colorées, floutées par l'effort. Le gris qui l'entoure, celui des mâchoires serrées et des voiles opaques devant les rétines ... se dilue, s'estompe pour revêtir des éclats brillants, un halo presque argenté. Lola sait que tout ce qui danse devant ses prunelles ou contre sa langue n'existe seulement pour elle, mais elle a pris l'habitude de se fier à ses instincts profonds, mystiques, incompris. Elle croit qu'il est mieux, Achille, loin du village qui le rattache à lui de liens invisibles, loin de son quotidien. Et c'est ça, qui la pousse à avancer jusqu'à gagner le putain de sommet. La perspective de le sentir délesté des contours flous qu'elle a toujours discernés en lui, sur lui, ombres éphémères sur son visage ciselé, pour une poignée d'heures.
La pente raide se métamorphose sous ses foulées et très vite, le sommet se dessine à l'ombre des cyprès et déroule sous ses pas un tapis rouge. Lola accélère pour rattraper Achille et sentir sa présence bienveillante à ses côtés, première main tendue au milieu d'une réserve récalcitrante. Elle glisse un regard tendre dans sa direction, le couve du regard de longues secondes, merci silencieux accroché à l'aube de ses cils longilignes avant ... de se laisser consumer par sa soif de vivre intensément, plus fort, plus vite, sa sensibilité d'artiste, éponge incapable de se dégorger des sensations, des émotions. Elle court, Lola, ivre de liberté et toutes forteresses intérieures gommées, une fois l'effort achevé. Elle se marre d'un éclat symphonique qui finit par siffler le malheur de ses poumons et vient dérouler sa silhouette brindille juste au bord du précipice pour embrasser le spectacle à ses pieds. Loin des arbres denses qui la font suffoquer, le ciel dégagé, d'un bleu cocon nuance foyer, offre un écrin splendide à la nature et lui fait oublier ses appréhensions. C'est presque aussi beau que Sienne, ocre et sublime, offerte depuis son Duomo et magnifiée par les baisers de Leo et l'or au coin de ses yeux. Putain... Sa ponctuation préférée, lorsque les mots manquent ... syndrome fréquent, chez elle qui préfère les peindre. Les pas d'Achille se rapprochent et glissent à ses côtés, elle suspendue pour un instant hors du temps. Le soleil s'admire dans le miroir du Lac de Garde, le constellant d'éclats pastels comme autant de gouttes de peinture. C'est ça, qui lui coupe le souffle : cette grande étendue ondoyante où viennent danser le soleil et la lune. — Tu t'es déjà baigné au clair de lune ? Les syllabes gorgées de miel dépassent ses pensées. C'est ce qu'il lui inspire, ce lac. L'envie d'y plonger lors d'une nuit d'été étoilée, moite et chaude, et se baigner au milieu des reflets de la lune jusqu'à ce qu'ils se mêlent à sa peau. Mais Lola ne sera sans doute plus là, d'ici quelques mois. Si elle ignore où se trouve réellement sa vie, sa ville, où s'ancrer durablement ailleurs que sur des toiles vierges ... elle croit savoir que ce n'est pas dans la villa d'un autre. Achille tend une bouteille d'eau et Lola lui répond d'un sourire au goût de fraise sauvage, comme un merci silencieux. Elle puise quelques gorgées salvatrices et rive à nouveau ses prunelles électriques sur lui. — Tu viens souvent ici ? Merci en tout cas, c'est à couper le souffle. Et pas seulement à cause d'une montée du diable. Elle l'imagine, seul dans ce paysage inviolé, à semer ses pensées comme un chemin de traverse jusqu'à Malcesine et ça l'émeut Lola, facilement touchée par l'humain.

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MessageSujet: Re: une centième découverte (lola)   Lun 16 Avr - 22:36


si ta respiration est difficile, hachurée suite à l'effort, quand bien même tu aies l'habitude d'emprunter ces chemins escarpés, tout est clair dans ton esprit. tout semble s'emboîter à la perfection, tout sembler s'entrecouper au millimètre près, perfection perceptible, enfin atteinte. elle semble irréelle cette perfection, ce graal que tu n'effleures que du bout des doigts. depuis toujours, jamais tu ne l'as atteinte. mais existe-elle ? c'est une question que te poses, un peu trop souvent. c'est la question qui t'effleures l'esprit parfois, tout le temps. mais ici, tout semble être plus clair. l'air pur sans doute ? quoique l'air n'est pas pollué là-bas, à malcesine. village préservé de tout ça, même avec l'arrivée des touristes et des historiens. tu te fiches un peu de leur présence, ils remplissent la terrasse du café, c'est bon pour les affaires. c'est ce que tu essayes de te dire. mais ça t'attires un pincement au cœur, parce qu'avant ton départ précipité, non voulu, tout n'était pas comme ça. les ruelles étaient vides, le centre n'étaient pas plus rempli sinon aux heures habituelles. étrange agitation qui secoue ta malcesine. mais sans cela, tu n'aurais pas pu rencontrer lola pas vrai ? tu n'aurais pas pu poser tes yeux sur la poupée, lui cracher quelques mots désagréables lors de votre première rencontre. première impression tu parles. en plus d'être la première impression qu'elle a pu avoir sur ta personne, c'est également sur les malcesini. putain qu'elle laisse échapper de ses lèvres alors que tes pas feutrés se laissent parcourir la terre à ses côtés, ton corps qui s'affaisse à son flanc. mais pas trop près, espace vital nécessaire. elle a beau être ton amie maintenant, peut-être, t'es jamais trop sûr là-dessus, tu ne lui imposes pas ta présence, nul besoin de trop t'approcher. tu t'es déjà baigné au clair de lune? simple interrogation qui t'arraches un petit rire. qui ne l'a pas fait ? tu te rappelles encore de la première fois que tu l'as fais, aux côtés de simone. ton acolyte de toujours, celui avec qui t'as presque tout partagé, tout vécu. une nuit d'été, particulièrement chaude. l'été de tes dix-sept ans, et tu t'en souviens encore comme si c'était hier, moment marquant, nuit étoilée. il n'y avait que la lune pour guider vos pas silencieux, dérangés par vos éclats de rire. un rire un peu stupide, qui a dérangé bon nombre d'ensommeillés qui sont venus à la fenêtre hurler aux deux enfants que vous étiez de la fermer. un rire, une excuse et vous étiez déjà repartis. c'est le lac qui a vu ton cul blanc pour la première fois, lieu de toutes les premières fois. vous riez, comme deux abrutis. comme les deux abrutis que vous étiez finalement. et en lui racontant, tu peux pas t'empêcher de lâcher un petit rire. en souvenir de ce moment précieux, que tu chéris tant. "j'avais dix-sept ans. j'étais avec mon meilleur pote, simone. j'sais pas si tu le connais, il est ébéniste ici. c'était l'été, on crevait de chaud comme deux connards." tu lâches un p'tit rire, en souvenir de ce moment. "il devait être deux, trois heures du matin j'sais plus. on était tous les deux, le cul à l'air dans le lac." et tu rigoles, ton cœur entouré d'un baume nostalgique. "et toi?" curieux de connaître la réponse, parce que lola elle est pleine de surprises. tu le sais. et puis, si tu livres des souvenirs autant qu'elle le fasse aussi, échange de bons procédés. ton regard se perd sur le paysage, l'éternité qui s'étend devant tes yeux, sous tes pieds. tu aimes venir ici, c'est ton lieu de repos. tu viens presque toutes les semaines, échappatoire céleste qui t'éloignes de tous tes problèmes. parce que tout semble plus simple ici, tout semble apaisant et réparateur loin de ta vie, tes problèmes. tu viens souvent ici? merci en tout cas, c'est à couper le souffle. comme si elle lisait dans tes pensées lola. tu tournes la tête vers elle, vers son visage doré. un sourire qui imbibe tes lèvres. "aussi souvent que possible. c'est un échappatoire." t'es sincère. tu l'es toujours, tu détestes les mensonges plus que tout. mais trop souvent tu omets la vérité, tu contournes ce précieux principe qui t'es pourtant si cher. mais pour une fois, tu n'as pas à le faire. tu n'as pas besoin d'ériger les murs qui t'entourent en présence d'autres individus, ceux qui ne sont pas simone, ceux qui ne sont pas silvia.


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MessageSujet: Re: une centième découverte (lola)   Ven 4 Mai - 1:18

Lola, on la croit souvent mystérieuse ou énigmatique. Elle semble délibérément évasive, de sa silhouette vaporeuse à sa façon singulière de ne pas se raconter, d'éluder l'intimité derrière tout ce qu'elle conte, ses anecdotes pleines de chaleur, vibrantes de vie. Mais c'est faux. La vérité c'est qu'elle ne cache rien, rien d'important, mais qu'elle a toujours préféré découvrir que se mettre à nue. C'est même pas égoïste, c'est même pas calculé, c'est comme ça : Lola, elle aime fondamentalement l'humain. Elle aime ses histoires et ses failles, ses douleurs et tout ce qui chante, elle aime cueillir l'inspiration au gré des mots qui volent ou contre une larme impromptue. On la pense secrète parce qu'elle décore bon nombre de ses phrases d'interrogations languides, pourtant avides de savoir. Mais c'est toujours pour connaître, jamais pour se dissimuler. C'est encore ce qu'elle fait près d'Achille, toujours amical mais fuyant, généreux mais distant dans une danse dont elle peine à appréhender les contours. Lola qui aime les contacts et la chaleur, Lola qui touche et effleure comme une deuxième langue, du bout des doigts. Achille s'approche mais se dérobe, raconte peu et élude beaucoup, muré derrière des silences qui font si peu sens. C'est encore ce qu'il fait, distant dans sa proximité qui refuse de frôler par mégarde et c'est ce qu'elle ne respecte pas, Lola, qui comprend si mal ce besoin de s'écarter des autres. Alors quand Achille recule, à chaque fois, son corps à elle parcourt les derniers centimètres l'air de rien, effleurant seulement avant de se retirer. Son avant bras qui vient goûter le sien, comme pour signifier qu'elle est là, que son petit manège est cramé à des kilomètres à la ronde et qu'elle s'en moque. Elle n'est pas délibérément irrespectueuse, Lola, jamais. Elle sait respecter les pudeurs et les différences culturelles, n'impose jamais à Nils des contacts indésirés, consciente que la réserve est ancrée dans son code génétique comme l’exubérante spontanéité dans le sien. Mais Achille, enfant du soleil, comme elle, c'est quoi son excuse ? Elle l'ignore, le confronte mais toujours en douceur, tâche de percer ses mystères comme la lueur de la lune des persiennes.
Il rit à sa question et c'est une petite victoire, qu'elle accueille à l'aide d'un sourire malin sans le regarder, ses opales encore baignées de la luminosité prodigieuse du lac. Mais Lola écoute, se gorge de ses arpèges, vit son récit contre ses rétines à mesure qu'il lui livre avec une légèreté nouvelle, qu'elle ne lui connaissait pas. Achille se marre. Non pas une, non pas deux, mais un paquet de fois. Huit pour être exact et c'est si rare chez lui, ce mécanisme naturel chez tant, que putain, la douce mélodie qui berce ses oreilles vaut bien tous les sacrifices. Ses jambes pantelantes d'avoir trop grimpé, son souffle erratique ou les courbatures pernicieuses qui ne manqueront pas de la coloniser demain. Epaule contre épaule, sa peau nue qui cherche la sienne, Lola s'interroge, se demande ce qui a bien pu arriver à l'adolescent qu'il décrit. Est-ce que c'est ça, devenir réellement adulte ? Est-ce que c'est normal, de perdre cette insouciance, la candeur de la jeunesse, et de se ternir ? Est-ce que c'est elle qui a un problème ? Peut-être. Sauf qu'Achille lui retourne la question et qu'elle cesse de se perdre dans l'immensité du lac pour rejoindre ses traits qui n'ont jamais su se décider entre douceur et brutalité, dans un entre-deux prodigieux. — Tu ne l'as jamais refait, depuis tes dix-sept ans ? La surprise se lit aisément sur la carte aux trésors de ses traits ... ou serait-ce un air de reproche ? Pour Lola qui n'aime rien de mieux que la nuit et sentir la vie couler sur sa peau nue plutôt que d'être stoppée par des fringues sans âme, c'est incongru. Achille lui retourne la question et il ne lui faut pas un quart de seconde pour dégainer son esquisse en coin fétiche, celle qui se fiche droit dans les palpitants pour s'y lover comme un chaton paresseux. — C'est mon rituel préféré, en voyage. Certains vont collectionner un timbre, d'autres apprendre la langue, moi je prends des bains de minuit, chacun son truc. Il y a une forme d'abandon si forte, un sentiment de pleine liberté à l'idée de céder à la spontanéité, à la magie de l'instant. De se dire, putain, j'ai envie retirer toutes mes fringues et de courir me jeter dans la mer, là, maintenant, tout de suite que ça en est grisant. Surtout pour une esthète comme elle, qui ne trouve jamais les peaux aussi sublimées que lorsqu'elles ne sont habillées que de la pâle lueur de la lune, elle-même reflétée à l'infini par tous ces éclats d'eaux qui glissent sur les épidermes comme des bijoux éphémères. — J'ai un souvenir particulier, au Costa Rica. Avec mon copain, on avait passé la journée dans un parc national somptueux, un vrai décor de carte postale où l'océan turquoise t'accueille après une longue rando dans la jungle et ce spectacle grandiose, on voulait vraiment le voir de nuit, transfiguré. Ce n'était ni tout à fait légal, ni très avisé, mais on a refait le chemin en pleine jungle à deux trois heures du mat', trop ivres pour avoir peur de tomber sur une mauvaise surprise. Et bon sang, c'était à couper le souffle. Malgré l'alcool, malgré l'adrénaline qui pulsait partout, Lola s'en souvient précisément. Elle se rappelle de ce sentiment d'allégresse, né juste derrière son nombril, de la chaleur languide de l'eau et de l'érotisme dingue de Leo, entre l'or liquide et l'argent de la lune. C'est sans doute à ce moment, qu'elle sut qu'elle l'aimerait toute sa vie, sans réaliser que la réciproque ne serait pas vraie. Elle se souvient aussi avoir essayé de retrouver cette sensation pour la figer à jamais en peinture, pour la revivre à chaque fois que ses yeux désireux glisseraient sur la toile. Mais sans succès. Certains moments sont trop précieux, trop sublimes, plus encore que l'Art lui-même. — Sauf qu'on a passé le reste de la nuit à chercher les ratons-laveurs qui avaient volé notre sac ... Lola glisse une oeillade complice à Achille et pouffe gaiement, devant l'incongruité de son discours, elle aussi plongée dans une nostalgie bienheureuse. Ce qu'ils avaient eu l'air con, après coup. Parce que toute la journée, ils s'étaient joyeusement marrés face à l'ingéniosité de ces boules de poil qui, alliés aux singes, dérobaient absolument tout ce qui passait à leur portée, profitant de l'inattention des touristes. Et bordel, sous l'impulsion du moment, de l'ivresse brute, simple, d'être ensemble, ils avaient fait exactement pareil. Oublier que le monde ne tournait pas seulement au creux des paumes de l'autre.
Et Lola, qui refuse de vivre ailleurs que dans l'instant présent, referme bien vite la parenthèse enchantée pour profiter de celle qui s'étend à perte de vue sous ses opales amoureuses. Elle peut comprendre qu'Achille s'offre cette terrible promenade de santé si c'est pour y gagner ce réconfort là, une vue à couper le souffle, qui donnerait presque envie de tout planter pour venir s'installer là, sur les hauteurs encore vierges. Sauf qu'il évoque un échappatoire et elle tique, Lola. Rencontre ses prunelles sombres de la délicatesse des siennes et cherche dans le noir de ses pupilles la réponse qui lui échappe. — A quoi tu cherches à échapper ? Une gravité nouvelle nimbe ses traits solaires, faits pour refléter le soleil plutôt que les ombres mais Lola ne veut pas seulement comprendre, elle veut l'apaiser, chasser ce qui peut l'amener à s'isoler là-haut. Malcesine lui apparaît comme un village minuscule, un paysage suranné mais bienveillant comme seules savent l'être les bourgades éloignées de la noirceur des mégalopoles. — Tu sais, peu importe où on court et pourquoi on le fait, on finit seulement par tomber sur nous-mêmes. Elle susurre ça jusqu'à lui avec une infinie précaution, comme elle soufflerait sur les aigrettes aérienne d'un pissenlit. Lola, elle n'est pas certaine que fuir les problèmes soit la solution adéquate. La preuve ? Ça n'a pas marché très fort pour elle, convaincue pourtant qu'elle était trop cool pour les conflits, qu'ils étaient au-delà des déchirures et que sa fuite sans demander son reste n'était qu'une forme de spontanéité, une impulsion comme elle en a tant, lubie d'artiste. Et soudain, si le paysage est toujours éblouissant, il se nimbe d'une gravité nouvelle. Car il se mue en retraite d'Achille, un espèce de temple sacré où il se préserve de quelque chose dont elle ignore jusqu'aux contours et Lola, qui ne croit pourtant en rien d'autre qu'au destin, abandonne le visage de son ami pour la nature, portant sur elle le respect cérémonial qu'elle revêt enfin.

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