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 icarus drowning (achille)

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MessageSujet: icarus drowning (achille)   Dim 15 Avr - 12:39

you look at him like the story of icarus
is a lesson you’re never gonna learn.
oh, but maybe some things
were just meant to burn.


Les poumons en feu, Nils se laisse tomber sur la plage. Le sable constellé de galets dessine une carte topographique contre la peau de son dos. Il sait sans le savoir qu'il arbore un sourire niais d'une oreille à l'autre. Il s'en fiche. Son corps se charge pour lui d'avaler de colossales goulées d'oxygène - ça a le goût d'une épiphanie dont il savoure jusqu'à la plus infime goutte. Chaque inspiration sent le soleil et la sauge. Il y a quelque chose de religieux dans la façon dont les braises dans ses muscles rencontrent le froid du lac sur son épiderme, crépitent et grésillent comme une poêle passée sous l'eau fraiche, cinq sens qui convergent et explosent à la surface de la peau. Dans un recoin distant de ses pensées, il comprend pourquoi les pays méditerranéens sont si pieux. Lui aussi, le mathématicien, le rationnel, face à l'immensité du lac et la beauté de la berge, il a envie de croire en quelque chose de plus grand. Depuis qu'il vit chez Lola, depuis qu'il fréquente l'Art au quotidien, colocataire encombrant mais terriblement enchanteur, Nils a l'impression de la voir scintiller derrière tout - la création. Chaque moment composé comme un tableau ; et celui-ci, l'orange vibrant du début de soirée, le ruissellement d'eau douce sur le torse d'Achille, la symphonie organique que les bruits humains n'interrompent pas, c'est un Botticelli. Rattrapé en fin de course par son propre embarras à l'idée d'observer d'un peu trop près celui qui est probablement le meilleur ami que Nils a dans ce village et donc, par conséquent, qu'il a tout court, il arrache son regard des tatouages sur la peau hâlée. Arrache, oui, ça crisse comme du velcro et n'est-ce pas navrant, n'est-ce pas carrément lamentable alors que, depuis la mort de Mal, Nils a tout sauf des potes en suffisance. "Pourquoi 'Achille' ?" Deux mots qui s'échappent au petit bonheur la chance, comme un lancer de dé d'entre ses lèvres entrouvertes. Deux petits mots hachurés par la respiration toujours laborieuse, épaissi par son accent. Ça avait l'air proche, depuis la plage. Cligne des yeux et t'y es, trois grandes impulsions dans l'eau fraiche. Bien plus porté sur les calculs que les mirages malgré tous ses efforts désespérés de laisser l'algèbre derrière, Nils savait qu'une fois à mi-chemin jusqu'à l'île, la distance s'allongerait, les minutes s'étireraient jusqu'à devenir interminables. C'était précisément pour ça qu'il avait plongé tête la première. Il avait envie de suspendre le temps. "Il a perdu la guerre, non ?" Ses frères et soeurs portent des prénoms divins, comme des amulettes décernées à la naissance. De quoi les rendre éternels. Achille, par contre, c'est le héros tombé au combat. Dans la brume de ses propres souvenirs adolescents, il a du mal à se souvenir de quel côté il s'est battu. Les cours de latin-grec ont beau être loin derrière Nils, s'il se rappelle d'une chose, c'est qu'Achille au pied léger lui a laissé un goût de tragédie sur le palais. "Il a été tué en tout cas. Ça j'en suis sûr." Une flèche et un talon, comme une histoire pour enfants qui termine mal. Ça lui paraît injuste, quelque part, que l'aîné doive se contenter de ça, une flèche et un talon. Etre associé à une faiblesse proverbiale. Si ça ne tenait qu'à lui, Nils le baptiserait Apollon. Il le couronnerait d'or et sécherait à ses rayons l'eau froide du lac dans ses cheveux trempés.
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MessageSujet: Re: icarus drowning (achille)   Lun 16 Avr - 19:56


le cœur qui bat la chamade, le palpitant qui s'emballe. l'effort, nage intense, compagnie trop agréable. ce genre de sentiment qui envahit tout ton être à peine croises-tu le regard du garçon, frisson qui te courbes l'échine. rythme cardiaque qui s'emballe, abandon total de la désinvolture qui t'es pourtant si caractéristique achille. tu te sens léger en sa présence, le poids de tous tes problèmes semble s'alléger, quitter tes épaules. égal à atlas dont le dos est courbé sous le poids du monde. parce qu'en sa présence plus rien ne t'inquiètes, la seule chose qui a de l'importance est le moment présent. c'est rare que tu ne te soucies pas du reste, quand bien même ton attitude je-m'en-foutiste te dépasses parfois, il est le seul capable de te faire oublier complètement le reste de tes problèmes. compagnie reposante, apaisante, plaisante à souhait. l'eau glacée qui roule contre ta peau te ramène à la réalité, traversée à la nage jusqu'à l'île. deux enfants qui bravent la tempête, l'eau encore froide du lac pour rejoindre l'île paradisiaque qui se loge au creux du lac qui rend malcesine si célèbre dans toute l'italie. ton paradis personnel, lieu que tu chéris plus que tout. rares sont les personnes avec qui tu y vas, signe complet de dévotion. battements frénétiques pour garder la tête hors de l'eau, pour ne pas sombrer dans ses profondeurs pourtant si attirantes. début de soirée, crépuscule qui tombe dans le ciel, moment religieux. le plus beau moment de la journée à tes yeux, celui où tout est possible. le coucher de soleil c'est une fin, mais aussi un début. la fin d'une journée, le début d'une soirée. éternel recommencement, qui signe la fin d'une épopée. et c'est sa voix qui attire ton esprit, ailleurs que sur la voûte céleste et ses éternels recommencements. pourquoi achille. c'est vrai ça, pourquoi achille ? pourquoi avoir le nom d'un demi-dieu, emprunt d'une mythologie tragique, destin funeste. cinq gamins dont le nom est la vulgaire copie de mythes anciens, seul enfant à ne pas porter de nom divin, pas assez bien pour ça sans doute. à peine fut-il né que ses parents savaient qu'il ne serait voué qu'à l'échec dans sa vie, triste vie sans éclats quels qu'ils soient. "j'sais pas vraiment. peut-être que mes parents savaient déjà que je ne méritais pas la divinité à ma naissance." paroles empreintes d'une sincérité déconcertante, triste sourire gravé sur le visage. d'ordinaire, tu hais les mensonges. mais encore plus en compagnie de l'hollandais, désireux de lui offrir la vérité, la pureté. loin de tous les mensonges et leur voracité envahissante. il a perdu la guerre, non ? toutes ces années baigné dans les contes mythologiques, tu as appris l'histoire de chaque dieu, mineur, majeur, demi-dieu et héros par cœur, capable de réciter dans les moindres détails leurs épopées caractéristiques. tout sauf la guerre de troie, les mythes qui entourent achille. parce que tu n'as jamais voulu savoir la réalité de l'homme qui inspira ton prénom, tu n'en sais que quelques bribes racontées par ta mère. tu hoches doucement la tête. "je crois oui. j'ai jamais voulu savoir ce qui entourait la vie du type qui a inspiré mes parents, j'ai jamais voulu savoir si c'était un loser ou un héros." jamais voulu savoir la triste vérité. jamais voulu connaître le mythe qui entoure ton prénom, pourquoi tu as acquis un tel alias. tes pieds continuent de battre l'eau limpide en rythme avec tes bras, soleil qui se languit sur ta peau bleue de tatouages, hâlée par le mélange savant de tes origines, pureté du sang impossible. les grandeurs nordiques, les grandeurs sudistes. mélange à la tiédeur palpable, aux senteurs d'oranges. il a été tué en tout cas. ça j'en suis sûr. sa voix t'arraches un sourire qui ne semble vouloir quitter tes lèvres en sa présence, sourire béat, sourire idiot. "d'une flèche dans le talon." seule partie de son corps qui est restée mortelle, le reste baigné dans le styx, enfant immortel. tu tiens plus du talon que du reste du héros, loin de l'idéal décrit par homère dans ses textes, loin du héros savamment décrit comme beau et valeureux. tu n'as rien d'un héros achille, tellement loin de l'image qu'avait tes parents à ta naissance quant à l'homme que tu deviendrais, loin, à l'extrême opposé de toutes leurs espérances, de toutes leurs attentes. mouton noir de la famille. soleil brûlant sur ta peau, reflets de l'eau cristalline sur ton visage baigné par l'astre céleste, et enfin vous touchez le bord. véritable bénédiction, essoufflement certain. le cœur au bord des lèvres, respiration haletante avant de pouvoir retrouver un rythme cardiaque normal, convenable. "pourquoi malcesine ?" véritable question que tu te poses. si ce village a toujours été une évidence pour toi, lieu où tes racines prennent formes, si tu étais étranger ce ne serait pas ta première destination. ce n'est pas un chercheur nils, ça tu le sais. c'est l'une des seules choses dont tu es certain à son égard. parce que tu ne sais pas grand-chose à ses côtés, tout semble être remis en question. "pourquoi malcesine et pas une plus grande ville, pourquoi pas rome ?" les mains croisés sur tes genoux relevés, le regard fixé sur la rive de l'autre côté du lac. car si la distance parait courte, il en est une toute autre affaire une fois au milieu de ce qui semble être un océan si emprunté à la nage. puis ton regard se languit sur le garçon qui se repose à tes côtés, un visage d'une beauté resplendissante, comme rarement tu avais pu en voir. ils sont beaux les malcesini, oui c'est certain. mais cela n'a rien à avoir avec la beauté hollandaise devant laquelle nils te met à genoux. parce que tu es à genoux devant le garçon au nom imprononçable, dont l'accent te réchauffe le cœur, dont les paroles t'arrachent un frisson impossible à deviner, tes poils qui s'hérissent en sa présence, tes sens en alerte à ses côtés. parce que nils tu voudrais lui donner toutes les richesses du monde, toutes les beautés pour s'accorder à la sienne. tu bâtirais des temples à son image, à sa gloire. son précieux esprit, aussi cartésien soit-il qui te fascine, son accent qui épaissit ses paroles, ça t'arraches un sourire un peu bête. tu t'sens stupide parfois en sa présence, comme un adolescent.


Dernière édition par Achille Penrose le Sam 28 Avr - 11:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: icarus drowning (achille)   Mer 18 Avr - 17:01

Peut-être que mes parents savaient que je ne méritais pas la divinité à ma naissance. Coup de poignard, propre et direct, là où ça fait mal. Se découvrant une certaine forme de lâcheté, Nils n'ose pas tourner le regard vers Achille. Allongé sur le sable humide, les chevilles léchées par les remous d'eau fraîche, il garde les yeux rivés droit au dessus de lui, sur le ciel orangé. Pile sur le X formé par la rencontre de deux traînées blanches créés par le passage d'avions, comme la destination d'une carte au trésor. Il n'a pas besoin de tourner la tête vers Achille pour lire son expression, pour entendre dans son ton l'amertume qui a l'habitude, la mélancolie qui connait trop bien le chemin des lèvres et y infuse chaque mot. Nils ne regrette pas sa question, il en regrette simplement la réponse. Il a entendu les rumeurs au sujet d'Achille sans les écouter. Elles lui sont parvenues d'une façon ou d'une autre et Nils, qui est habitué à l'anonymat des métropoles, une fois le pied à Malcesine, a brutalement découvert le moulin à commérage des villages. Il s'en contrefiche royalement. Il hausse les épaules, ne veut entendre aucune information sur les gens qu'il se risque à apprécier qui ne vienne directement de leurs bouches à eux. Lui qui est avide d'anecdotes, de détails, de souvenirs brumeux et de rêves flous, qui veut entendre toutes les histoires d'Achille avec la méticulosité du petit garçon qui joue à relier les points pour révéler l'image, il laisse sciemment des écarts se former. Il fait un bond au dessus du passé récent, ou les plaies ouvertes, et la considération est réciproque. Ensemble, ils parlent paysages et cartes postales, ils parlent enfance et cicatrices, polaroids de tout ce qui a guéri. L'accord est tacite ; Achille évite de parler taule, Nils tait Mal. Pourtant, en tant qu'étranger, il a l'avantage et il le sait. Pas de rumeurs à son sujet, rien qui n'aurait pu atteindre Achille. Personne ne sait rien de son deuil, le village entier le croit mélancolique de nature. Peut-être qu'ils ont raison, peut-être que Nils a jusqu'ici toujours eu trop le nez dans ses cahiers pour laisser cette inclination se révéler mais qu'elle a toujours été là, latente. Il a envie de lui dire que peut-être l'héroïsme est préférable à la divinité. Il y a plus de dignité dans le fait de mourir grand, sans jamais courber l'échine. C'est être bien naïf que de souhaiter vivre éternellement. A la place, il se tait. Il n'a pas les mots pour ça, et ce n'est pas juste la barrière de la langue sinon celle de la pudeur qui l'en empêche. Pourquoi Malcesine ? Ouch. Flèche, je te présente talon. Nils laisse brièvement son regard rebondir sur le profil impassible d'Achille, dirigé vers la rive. Il est soulagé de savoir que son tressaillement instinctif n'aura rencontré aucun public. Pas que Nils tienne à lui cacher la raison de sa présence ici, l'élément modificateur de toute une existence, non, simplement qu'il garde cette révélation au plus près de lui-même, lovée dans le creux de son coude, là où elle est protégée. Tant qu'il reste secret, le décès de Mal n'est pas réel, en tout cas pas sous cette latitude. Rien d'autre qu'un petit morceau de douleur qui appartient à un autre pays, une autre saison, qui ne se traduit pas en italien. "Par hasard, en fait." C'est vrai - Malcesine, c'est surtout un point sur la carte entre Milan et Vérone - mais ça ne l'est qu'à moitié. Atterrir ici, plutôt que quelques centimètres à gauche sur le plan à moitié déchiré acheté dans une boutique souvenir à la descente des Alpes, c'était surtout un hommage, et en taisant ce détail, il a l'impression d'être malhonnête. Peut-être que c'est le calme accablant qui les entoure, rendant chaque infime fissure dans sa voix tonitruante. Peut-être que c'est son code moral rigide et radical ; aucun mensonge, jamais, sous aucune forme ni circonstance. Ou peut-être est-ce Achille et son magnétisme tranquille, qui invoque en un soupir la précision que Nils pensait ne pas vouloir donner. "Le nom me rappelait quelqu'un." La suite lui échappe avant qu'il n'ait eu le temps de tourner sa langue sept fois dans sa bouche, afin de noyer le poisson, et c'est rare pour Nils le méticuleux, Nils le prudent, qui a pris l'habitude de peser chaque mot avec la précision de l'orfèvre. Qui prend le temps de composer chaque phrase dans son italien de plus en plus solide mais toujours hésitant, jusqu'à cacher sa nature réservée derrière le prétexte de mal pratiquer la langue. Cette fois, ça sort sans avoir été fait l'objet d'une étude et d'un polissage, tandis qu'il rabat un coude contre l'arrête de son nez pour s'abriter les yeux du soleil couchant. "J'irai sûrement à Rome, qui sait. L'été est encore jeune." C'est anodin - jusqu'à ce que ça ne le soit plus. Ils n'ont jamais abordé ça, son départ. Ça n'en reste pas moins une évidence qui crève les yeux : Nils ne restera pas indéfiniment. Malcesine est une escale, rien de plus, et ce n'est pas parce que l'étape se prolonge, est pour l'instant bien trop douce pour laisser entrevoir la suite, qu'elle ne s'achèvera jamais. Il n'a pas l'opportunité de rester - il ne va pas squatter chez Lola ad vitam aeternam, c'est évident, ni voguer de famille en famille et maison en maison jusqu'à avoir tâté tous les lits d'appoints et canapés de la province. Il n'en a pas non plus les raisons. Peut-être que c'est ce qu'il cherche depuis le départ en s'entichant de Lola, en s'approchant d'Achille, même inconsciemment. Peut-être qu'il espère que, pour une fois, on lui donnera une raison de rester. Même ça, c'est une utopie. Par définition, les rêves sont passagers et c'est bien ce que c'est, au final, tout ça. Malcesine. Lola. Achille. Leurs deux respirations synchronisées sur leur île déserte. C'est une diapositive. Un souvenir en gestation. Une image sur laquelle le Nils du futur, parti retrouver la vie réelle, drapé dans ses chiffres et sa grisaille - seul avenir rationnel, seule destinée tangible - pourra revenir avec nostalgie. Quelque part dans le futur, Nils repense à eux. Au profil olympien d'Achille, à l'orange du ciel et ce Nils là, le regard terne, la peau pâle, se dit qu'il peut supporter le gris, qu'il peut avaler la routine, qu'il n'a rien à regretter, parce qu'à ce moment là, sur leur île déserte, même l'espace d'une seconde, il a vécu pour de vrai et c'est suffisant.
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MessageSujet: Re: icarus drowning (achille)   Mer 18 Avr - 20:10


par hasard, en fait. quatre mots, simples, stupides. et pourtant, tu ne peux empêcher ce léger sourire de perler au coin de ta bouche. tu ne crois pas au hasard, tu n’y as jamais vraiment cru. loin du type superstitieux qui peuple les romans de mauvais goût, tu crois à la destinée, au karma. peut-être est-ce que côté olympien qui hante la famille qui te laisse à croire que le destin de chacun est écrit au préalable, coincé entre le fil des parques. et que tout peut s’arrêter, à n’importe quel moment. douce pensée qui hante souvent, parfois tes songes. le nom me rappelait quelqu'un. mais cette fois tu ne souris pas, achille. tu gardes ton précieux rictus au fond de tes tripes, et tu te mordilles la lèvre inférieure. il fait toujours attention à ce qu’il dit nils, c’est une chose que tu as remarqué à force de le côtoyer. il fait toujours attention à n’en pas laisser trop paraître, toujours garder une part de mystère. tu envies cette possibilité, car si les grandes villes offrent un anonymat certain, les villages ont la caractéristique de n’offrir qu’une seule possibilité. celle où toute votre vie est exposée à ses habitants, dans les moindres détails. commérages intempestifs qui viennent hanter les paroles des plus âgés comme des plus jeunes, au détour d’une ruelle, sur la terrasse d’un café. partout, n’importe où. ils existent, et perdureront. ça te laisse perplexe toi, tu sais qu’il n’y a rien à faire. que quoi que tu fasses, la moitié de malcesine sera au courant bien assez tôt. mais jusqu’à quand ces souvenirs vivront-ils ? te survivront-ils, longtemps après ton départ ? après que tu aies quitté malcesine si tu t’y résous un jour, après ta mort ? parce que tu sais qu’elle tardera pas, achille. avec toutes les conneries que tu accumules, les erreurs. tu sais qu’un jour ça te rattrapera, t’en es certain. parce que le karma il existe. et même si le nombre de gens malhonnêtes, les méchants vivent tranquillement après tout le mal qu’ils ont fait, toi, tu sais qu’à ton échelle ça va te rattraper. j'irai sûrement à rome, qui sait. l'été est encore jeune. coup de massue sur ta tête, tu as l’impression de sentir la main d’angelo atteindre ton crâne après que tu aies dit une blague un peu nulle, geste paternel. mais cette fois, c’est comme un poignard en plein cœur. tu te sens orphelin, soudainement. tu ne l’as rencontré qu’il y a vingt jours ou presque, nils. mais tu n’es pas prêt à ce qu’il parte. tu redoutes ce moment pour être honnête. parce que tu savais qu’il allait partir, quand rien ne nous rattache à malcesine pourquoi y rester ? ce n’est pas un historien ou un scientifique nils, non. il n’a aucune autre raison que le hasard d’être ici, malcesine qui lui rappelait quelqu’un. tu n’évoques pas ce sujet. tu ne sais pas s’il veut en parler, tu ne veux pas blesser le petit, tu ne veux pas heurter ses sentiments. tu ne veux pas te confronter à la triste réalité qui t’attends, qui vous attend. une séparation. elle sera douloureuse pour toi. à vrai dire tu ne veux pas imaginer le déchirement dans ton coeur, tu l’entends déjà. tu pourrais jurer à avoir entendu ce petit crac! si caractéristique d’une fissure, parce que si la crevaison n’est pas mentale cette fois, comme si souvent lors de tes épisodes nerveux, elle est sentimentale cette fois. parce que si tu ne l’as avoué à personne, pas même à simone, pas même à silvia, tu ressens quelque chose pour nils. un petit quelque chose qui le rend spécial, particulier à tes yeux. il l’a toujours été au fond. tu as beau ne le connaître que depuis un mois, même pas, tu as l’impression que cela fait une éternité. que cela fait une éternité que tu parcours les rues de malcesine à ses côtés, que ce soit seul en sa présence ou avec lola. parce que les deux étrangers ont pris une étrange place dans ta vie, dans ton cœur, une importance que tu n’aurais pas suspectée à l’origine. surtout pas lola, échanges à premier abord méprisants, agacés. mais tu ne l’es pas en la présence de l’hollandais, d’il flammingo. tu détestes ce surnom, stupide à tes yeux. mais sa présence t’es bénéfique. plus que tout. elle te repose, t’apaises. te combles dans un sens. aussi stupide que cela puisse paraître, pour être honnête. tu pourrais jurer que tu sens une larme rouler sur ta joue constellée de quelques grains de sables. silencieuse ta larme. seule. tu enfouies ta tête dans tes bras, désorienté. tu ne veux pas qu’il voit cette scène pitoyable. tu redoutais son départ. mais cette fois cela semble concret. comme s’il allait partir, t’abandonner demain. et tu ne veux pas qu’il voit ta détresse, qu’il en soit témoin. parce que t’es un homme, et ta fierté t’empêches de vouloir montrer tes émotions à quiconque. stupidité oui. fierté, aussi. tu as été élevé avec cette idéologie là, cette fierté italienne qui ronge ton sang. qui ronge tout ton être. ’’pars pas.’’ que tu murmures, d’une voix un peu tremblante. alors tu te racles la gorge, pour gagner un peu d’assurance dans tes paroles. tu l’espères. tu effaces cette larme solitaire de ta joue avant qu’il ne s’en rende compte. tu te mords à nouveau la lèvre inférieure, signe de ta nervosité. parce que t’es nerveux à l’idée qu’il t’abandonnes. déjà. rentrer dans la vie des gens, l’embellir et repartir aussitôt, c’est pas des choses qu’on fait non. parce qu’il l’a rendue plus belle ta vie à malcesine, nils. elle était pourrie. les mots  agressifs rongeant ton dos, ta peau, ton âme. mais tu as accepté de le faire entrer dans ta vie, et tu ne le regrettes pas. ’’m’abandonne pas nils.’’ voix chantante de mélancolie, qui habite presque toutes tes paroles. fervente amie, fervente protection. ’’pas maintenant, pas aussi tôt.’’ tu manques de te lever, de te laisser tomber dans l’eau. le dos qui claque l’eau dans un bruit sourd, douleur sourde. mais tu n’en fais rien. ’’j’pourrai pas supporter d’affronter malcesine sans toi. pas avant un moment.’’ discours presque muet, incertain qu’il ait entendu tes paroles. tu espères un peu que non. exprimer tes sentiments c’est quelque chose que tu n’as jamais su faire. mais tu as envie d’essayer. avec lui. pour lui. parce que tu lui écrirais des milliers de chansons à nils, quand bien même t’es pas un littéraire, que t’as pas la plume de tous les auteurs. t’écris comme un pied pour être honnête achille. tu lui composerais des symphonies, loin de la réussite de mozart parce que là-dedans aussi, t’es nul achille. t’es nul partout. enfant raté, brouillon esquissé. mais tu veux essayer. pour lui. tu serais prêt à essayer. c’est con. c’est pas grand-chose ce que tu ressens au final, pas vrai ? c’est qu’une illusion, c’est fallacieux ces sentiments. ils existent pas. ils existent pas parce qu’il ressent rien nils. tu l’sais. tu l’devines. comment une aussi belle âme pourrait s’éprendre de toi ? de ton être, de ta chair brûlée par les bêtises. c’est impossible. tout le monde serait un meilleur candidat pour son amour que toi.


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MessageSujet: Re: icarus drowning (achille)   Dim 22 Avr - 18:36

Le regard rivé loin au dessus de leurs têtes, allongé à un mètre d'Achille, Nils est aveugle à la douleur qui se joue à portée de bras. Il y a l'eau fraiche qui joue contre la plante de ses pieds, le sable qui chatouille la courbe de sa nuque et, gamin qui goûte à ses propres sens depuis qu'il est à Malcesine, il s'en contente avec régal. S'il s'était aperçu de l'effet de ses mots à l'apparence frivole, lâchés entre eux comme on approche un orteil de la surface de l'eau pour en tester la température, juste pour voir quel goût le départ aurait en le simulant prématurément, peut-être aurait-il rogné l'espace entre eux. Posé sa main sur celle d'Achille, repliée contre son genou. Peut-être aurait-il amendé son brouillon d'adieu, y aurait ajouté un astérisque ; alles op zijn tijd, chaque chose en son temps, ils traverseront ce pont lorsqu'ils l'auront atteint, il y a encore bien trop de recoins sacrés qu'Achille a promis de lui faire visiter pour que Nils se résolve à faire son sac. Mais il ne s'en aperçoit pas, ou trop tard. Ça ne le frappe qu'une fois que les mots râpeux d'Achille fendent le calme entre eux. Pars pas, comme une plainte. Comme une supplication, de celles qu'on adresse aux dieux ou aux amants, et il n'a ni la prétention ni l'optimisme de prétendre à l'un des deux statuts. Ça le prend de court, ce ton qu'il n'a jamais entendu Achille employer et cette simple réflexion ne fait que souligner le gouffre entre eux. Il a tendance à oublier à quel ils se connaissent peu. A force de collectionner les moments authentiques, les instants précieux, Nils a fini par croire qu'ils avaient fait le tour des facettes de l'autre - mais comment aurait-ce pu être vrai, même l'espace d'une seule seconde, puisqu'Achille ignore la vraie raison qui l'a poussée ici, le nom du vent qui l'a emporté loin de son pays natal. La mort de Mal est la clé de voûte de toute sa fichue existence, et il ne lui en a pourtant jamais fait part. Il n'a aucune raison de croire que la réciproque ne serait pas vraie, qu'il n'y a rien qu'Achille garde tapi sous la surface des paroles. Cette émotion dans la voix de l'italien, le choix de mots, m'abandonne pas, force Nils à croire qu'il a vécu une déchirure lui aussi. Un départ douloureux. Que, exactement comme lui, Achille a perdu un ami. Humble et définitivement aveugle, Nils est à mille lieues de s'imaginer qu'il y a plus sous les mots que la simple peur d'enterrer une amitié si étrangement confortable. A la seconde où il entend l'émotion brute dans la voix d'Achille, il est certain de n'en être que le dépositaire temporaire, pas l'instigateur. Cela se confirme dans la clause qui est apposée : pas maintenant, pas avant un moment. Rien d'absolu, rien de permanent - il est simplement un baume sur une plaie ouverte. Il assiste dans la guérison. Et ça lui convient parfaitement, il s'en convainc lui-même, car après tout, n'est-ce pas précisément le rôle qu'il a assigné à Achille ? Ce qui lui convient beaucoup moins, en revanche, c'est les tremblements dans sa voix, une faiblesse qu'il entend dans les consonnes sans en imaginer une seconde la profondeur. C'est un coup de poignard car c'est Achille dont il s'agit, l'humeur égale qui ne se rompt que dans la colère. La puissance tranquille de l'eau qui dort. Ça fait physiquement mal, un coup sourd porté aux poumons. Et ce ton est d'autant plus insupportable pour Nils qu'il sait en avoir été la cause, même malgré lui. Sa joue roule sur le sable pour laisser son regard tomber sur Achille et il déglutit. "Pas maintenant, non. Pas maintenant. Je suis pas pressé." Avant d'avoir pu s'en empêcher, de se morigéner en se disant que c'est une mauvaise idée, la main de Nils rencontre le bras d'Achille. Il voulait exercer une pression réconfortante, geste qu'il a vu les locaux échanger des centaines de fois. Il voulait s'y essayer à son tour. Son intention était de faire passer à travers le toucher l'affection que les mots ne disent pas. Cependant, le contact de la peau tiède d'Achille où perle les gouttes du lac contre sa paume l'ébranle silencieusement et Nils retire sa main trop vite. Son geste apaisant, avorté si vite, s'est changé en électrochoc embarrassant. Une fois de plus, il est frappé par à quel point, malgré tous ses efforts minutieux, il ne se fond pas dans la masse. Il a beau se débrouiller avec brio en italien, il ne parle pas la langue. La vraie, celle des coutumes et des habitudes. Il n'y arrive pas, lui. À pincer Achille et prétendre que ça ne lui fait rien, qu'il n'y a rien d'autre que de la sollicitude au bout de ses doigts avides. Espérant masquer son propre inconfort, il se redresse sur les coudes, passe une main dans ses cheveux mouillés et balaie l'île du regard pour la première fois. "Tu viens souvent, alors ? Pas d'initiales gravées dans un tronc ? Pas de trésor enterré dans le sable ?" Lâché précipitamment comme une mauvaise toux, faussement enjoué, en refusant fermement de laisser ses yeux s'aventurer trop près de son interlocuteur. Il sait que ses pommettes sont rouges, billboard très public de son embarras. Il espère juste que le bronzage qu'il a fini par acquérir suffise à cacher une partie de sa gène. Parce que ce truc entre eux, l'affection simple, il refuse de la gâcher. Il en a bien trop besoin pour se le pardonner un jour s'il ruinait tout.
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