AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

pensez à référencer vos personnages dans le repertori.
Cela vaut également pour les scénarios et préliens que vous créez, ne les oubliez pas!


merci de privilégier les personnages studiosi !


Partagez | 
 

 wood kings. (eusebio)

Aller en bas 
AuteurMessage
Simone Marconi

avatar
Messages : 303
Pseudo : Louisette marmelade.
Avatar : Luke Grimes - nalex(avatar), astra (signature) hoodwink + tumblr (icon)
Occupation : ébéniste et orfèvre du bois.

MessageSujet: wood kings. (eusebio)   Ven 20 Avr - 14:30

sous l'ombre des gigantesques parasols verts on y croyait presque. on croyait presque à ce mois de mai sans histoires, sans pagaille et sans découverte. morne, les uns aurait dit, c'est morne comme vie, agréable, aurait pensé simone, les deux mains sur son ventre, sa chaise dangereusement penchée vers l'arrière, balancé par une brise à peine levée. il était repu et comme tout homme repu il somnolait, bienheureux d'être à la fois un cliché et un repoussoir, espérant presque qu'on le prendrait pour saoul et que dans ce lieu prisé par le passage, personne ne viendrait l'importuner. c'était crédible, à regarder sa dégaine : absorbé par le travail d'un peuplier toute la matinée, il était couvert d'écorces et de feuilles mortes. il semblait avoir laissé sur le sol de son atelier tellement de sueur que de petites mèches de ses cheveux collaient encore à son front apaisé. mais il y croyait, quand il fermait les yeux et et n'entendait plus que le clapotement de l'eau, au loin perturbé de quelques bateaux de pêcheurs, ce bruit qui allait et venait contre les pierres vaseuses du lac, ça le transportait déjà.

ça le transporte des années en arrière, si loin qu'il se demande justement s'il n'a pas tout inventé. il se revoit, gamin aux joues rondes, gonflées, qu'est ce qu'il était potelé quand il était gosse, en train de s'enfoncer dans le gosier une énorme glace à l'abricot, et ce coulis orange et épais qui collait à ses cheveux bruns, s'étalait partout sur son t-shirt beige, laissait passer derrière lui d'épaisses trainées couleur de fruit mur et de coucher de soleil. tout le monde s'en moquait bien, à l'époque, parce que tout le monde était un peu tâché quelque part, en dehors ou en dedans, tout le monde était un peu sale, sur les mains ou sur le coeur. on riait, on se rentrait un peu dedans, il y avait du vin, de la musique, de l'huile d'olive partout sur les nappes. on se fichait de tout mais surtout du regard du reste du monde.

simone, il entend tout. il entend quand un arbre craque, se fend ou rend l'âme, il entend même de là où il est. alors ces pas maladroits qui venaient vers lui, en traversant le port sous un soleil de plomb, il les a entendus aussi. mais il a fait mine de ne rien savoir, les yeux solidement clos, les mains croisées, tendues au dessus de son ventre plein. il a fait mine de rien savoir jusqu'à ce qu'il sente. simone, il sent tout. bande-lui les yeux, donne lui un morceaux de bois et il te dira ce que c'est en un clin d'oeil. ça sentait le chêne, un peu vieux, un bon gros chêne qu'on aurait débité en tranches et laissé dans une cave. c'était pas une odeur de touriste, encore moins une odeur de femme, alors simone se risqua à ouvrir les yeux. devant lui, un grand type à la mine affreuse, sérieusement, il avait des cernes qui arrivaient jusqu'à ses chaussettes, bien qu'il n'en portait pas. il le regardait avec étonnement, comment peut-on avoir l'air si las, c'est renversant, si renversant qu'il failli tomber de sa chaise, se rattrapa rapidement au bord de la table. c'est pour quoi ? il maugréa.

_________________
❝ nel vento soffia la tempesta ❞ envoyez lui son bon souvenir elle vous dira qu'elle s'en fout, qu'il faillait pas la faire languir en la couvrant de mots doux, son coeur avait déjà pris la mer alors qu'il lui confessait que jamais rien d'autre qu'un navire ne l'avait fait voyager.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Eusebio Bataglia
Amministratore
avatar
Messages : 982
Pseudo : appo
Avatar : jon kortajarena + lux aeterna
Occupation : charpentier de marine.
Notes : sujets en cours -
NOOR l SIMONE l OLIMPIA l LOLA

MessageSujet: Re: wood kings. (eusebio)   Ven 4 Mai - 20:52



Condamnés à l'océan au vent qui mèn' le bal
Oubliés des honnêt's gens du Dieu des cathédrales.

Etre artisan, ça veut dire construire des objets un par un - contrairement au travail à la chaine, l'artisan fabrique commence et finit le travail. C'est long, c'est minutieux. Dans le cas d'Eusebio, c'est passionné. Il personnifie par intermittence chaque bateau qu'il construit. C'est son oeuvre, son bébé. Quand il avait le choix, quand il était encore chez lui, en Sicile, il ne confiait jamais une de ses créations à quelqu'un qui ne lui revenait pas - et de même, n'acceptait pas un projet s'il ne sentait pas la personne. Passer tant de temps à faire quelque chose implique qu'on a envie que ce quelque chose soit soigné et chéri une fois qu'il est transmis à autrui. C'est long, c'est fastidieux : c'est la seule chose qui l'intéresse. Il n'a construit pour lui qu'une seule fois; sa chaloupe baleinière de quatorze mètres de long, toute noire. Librement inspirée de plans du début XVIème - autant dire qu'il faisait sensation dans le port de Palerme. Il avait seize ans quand il l'a construit, c'est lui qui a lancé son succès.
Le chantier naval de Malcesine, inutile de dire que c'est une autre paire de manches. Pas le choix de quoi que ce soit, pas vraiment envie de se faire remarquer parce que le mot passe vite chez les marins. Obligé d'enterrer son talent dans le fond de son âme et de faire du petit, du "normal", du banal, du médiocre. Il se dit "c'est transitoire", il se dit que ce n'est que pour un petit temps, que ça va passer, qu'il pourra mettre en oeuvre les rêves qui le baignent depuis l'enfance. Il a reconstruit la maquette du baleinier qui le brûle depuis toujours, maquette qui était son objet fétiche par excellence et qu'il a du abandonner à Palerme. Ca a l'air à portée de main, comme ça, facile à construire, quand ça fait dix centimètres de long, quand ça tient sur sa table de nuit, quand on a même la place de caler un livre à côté. En vérité, ça fait vingt huit mètres de long et sept mètres cinq de large. Il le construira un jour, il s'est toujours dit qu'il le construirait un jour, c'est en quelque sorte l'accomplissement de sa vie oui c'est l'acmé, après ça peu importe ce qui se passe, peu importe si on veut à nouveau le domestiquer dans un mariage à la naphtaline (enfin, peu importe : on verra bien s'il continue à dire la même chose quand ce sera fait). Mais chantier de Malcesine, franchement ! le chantier de Malcesine et le lac de Garde. C'est mignon, de faire autant d'effort pour faire semble qu'on est des artisans navals, mais quand on fournit des bateaux pour les mettre dans trois cent soixante dix mètres carrés d'eau on ne peut pas dire qu'on soit vraiment charpentier de marine. Un charpentier de marine ça se laisse pas étriquer comme ça, ça doit toujours s'exploser vers plus, vers mieux, vers plus résistant. A quoi tu veux résister sur le lac de Garde ? Aux petites vagues provoquées par les connards en jet ski ? Ici ça construit des petites barques pour les touristes à longueur de journée et ça rentre chez soi content.

Non, vraiment, le chantier de Malcesine, c'est une autre paire de manches. Il serait imprudent d'y initier quoi que ce soit.
Mais il peut pas s'empêcher.
Il peut pas.
C'est pire qu'une addiction à l'héroïne, c'est pire que la paranoïa qui s'empare d'un être et le change du tout au tout, pire que la Tourette qui rentre assez dans le corps pour avoir donné naissance à l'exorcisme.
Il s'est mis à grincer des dents la nuit, Eusebio. Il a mis un certain temps à s'en rendre compte puisqu'il ne dort avec personne, et puis il a fini par voir l'érosion commencer à poindre, très légèrement, sur ses dents. C'est sa mâchoire qui refuse de lâcher tant qu'il n'aura pas ce qu'il veut. Tant qu'il n'aura pas construit son baleinier. C'est les mauvais rêves de vie petite. De vie médiocre qui se contente au lieu d'aller chercher. C'est les rêves d'une vie qu'il ne pourra jamais accepter comme sienne.
Et il tourne dans le chantier Eusebio aujourd'hui, il ne se pose même pas la question de s'il a mangé ou non depuis hier, et son corps qui collabore avec son obsession ne lui en informe pas. Il tourne et c'est tout son corps qui tremble à force de taper du pied. Rien n'est raisonnable ou plutôt le raisonnable n'a pas de prise sur lui. Il n'a pas quitté Barbara, il n'a pas quitté l'amour pour s'enfermer dans une autre chose formelle. Il regarde les lampadaires qui longent l'embarcadère et il voit des arbres, Eusebio. Une forêt. Alors il s'enfonce dans la fraicheur sombre du petit hangars où les bois sont stockés, il fouille, il fouine, c'est frénétique, c'est difficile de chercher frénétiquement dans des matériaux qui pèsent presque des tonnes mais ça ne l'arrête pas. Il cherche du hêtre. Frénétiquement, il cherche le hêtre. Mais le hêtre n'est plus un bois très utilisé en charpente de marine, il prend facilement l'eau, il faut savoir précisément ce qu'on fait pour en faire usage sur un bateau.

Il se laisse tomber les mains caressantes sur un tronçon d'acajou d'Afrique. Il cherche, à l'intérieur. Il a été élevé à la Bible, Eusebio, en bon sicilien. La Bible dans toute son intelligence pratique qui t'assène le fameux "Cherche, et tu trouvera". La Bible qui enfonce des portes ouvertes, donc. Les parents d'Eusebio aiment pourtant à croire que c'est précisément ce qui en a fait un enfant débrouillard et observateur - ils sont drôles - ils sont loin. En qualité de fin observateur, donc, Eusebio sait qu'il y a un atelier d'ébénisterie autour du port. Il n'y est jamais entré, tout snob qu'il est de s'imaginer que le travail du bois n'a de véritable sens que pour les bateaux. Mais il sait que ces mecs là travaillent possiblement avec des bois plus délicats puisque ce qu'ils fabriquent ne sera jamais soumis à l'eau. Alors, il ravale sa fierté, époussète ses mains et se dirige vers l'endroit où, il croit se souvenir, trône la petite boutique. Pas besoin d'aller aussi loin, non, il aurait du s'en douter que ces types-là n'avaient pas la passion du bois au corps, celle qui empêche de bouffer ou dormir tant qu'on n'est pas venu à bout d'une pièce. Il avise celui dont il a vu le visage de loin au comptoir plusieurs fois - du moins il lui semble que c'est lui, il est à peu près sûr - en train de roupiller à demi à la Trattoria Camineto. Pour s'assurer de la chose il le dépasse et marche vers l'atelier. Sur la porte il y a une feuille de brouillon - mal - écrite à la va vite. "A la Trattoria". Alors machine arrière toute, il se plante devant l'endormi qui daigne lui offrir un oeil et demande, péremptoire : J'aurais besoin de hêtre. Puis il se laisse tomber sur la chaise en face du type qui a lui même failli tomber de la sienne. Aucune réaction de la part d'Eusebio : quand il est rongé par le désir d'un projet comme ça, il perd complètement son humour.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
wood kings. (eusebio)
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Kings 2011-2012
» Partenaire avec Silver Wood ?
» Los Angeles Kings
» Transaction TAMPABAY// LA KINGS !!!!!!!!!!!!
» Griffith Wood

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
TESOROS :: Malcesine, Veneto, Italia :: Il Porto :: Trattoria Caminetto-
Sauter vers: