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pensez à référencer vos personnages dans le repertori.
Cela vaut également pour les scénarios et préliens que vous créez, ne les oubliez pas!


merci de privilégier les personnages studiosi !


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 worship (eusebio)

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AuteurMessage
Olimpia Conti

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Messages : 23
Pseudo : pauline
Avatar : Eva Green @ Balaclava
Occupation : Autrice en exil cherchant à retrouver l'envie d'écrire

MessageSujet: worship (eusebio)   Dim 22 Avr - 20:05

La première fois qu’elle le voit, il est sur le port, sur un bateau, sur l’eau - oui, voilà, il marche sur l’eau et c’est surprenant. Olimpia en oublie le bois et le bateau, le clapotis des vagues contre le quai. Elle s’arrête a lieu de continuer - il y en a d’autres, des gens beaux, des merveilles, à Malcesine. Elle en a vu d’autres également, à Rome, des hommes d'une grande beauté - mais elle n’a jamais vu une silhouette comme la sienne. Il est si grand qu’il paraîtrait un géant, monté sur le pont de son navire, et elle se surprenant à ne pas le voir couler au fond de l’eau. Elle s’imagine un instant que, comme les statues que l’on remonte des fonds de la mer, il reviendrait, nagerait et remonterait à la surface pour se laisser à nouveau admirer.

Olimpia ne le connaît pas : elle n’est là que depuis quelques jours et n’a pas eu le temps de parler à qui que ce soit. Elle préfère regarder et se promener dans les rues étroites de Malcesine - après tout, elle n’est pas là pour parler mais plutôt pour écrire.
Portée par une envie pressante de voir la mer, elle en oublierait presque ce qu’elle fait là, quand elle l’aperçoit. Ses bras s’activent et elle peut imaginer sans peine le roulement de ses épaules sous le coton de son tricot. Sa taille est fine, trop fine pour un corps normalement constituée. Voilà quelque chose de divin à l’oeuvre, murmure-t-elle tout bas.

On pourrait penser que le désir se mêle au plaisir de regarder, et peut-être que c’est le cas. Peut-être Olimpia imagine-t-elle déjà le roulement de ses hanches sous les draps et la sensation de ses os contre les siens. Elle sent déjà ses doigts glisser dans les cheveux courts et bruns - il les malmène en travaillant, les repoussant quand ils retombent sur son front brillant de sueur. Et cette sueur, brillante, légère comme une seconde peau, elle la sent se mêler à la sienne dans une caresse délicate, une main sur une main, cuisses contre cuisses.
Oui, il doit y avoir de cela et elle esquisserait presque un sourire.

Elle trouve un plaisir certain à regarder l’homme travailler et ne se soucie guère d’être remarquée. La décence, toutefois, l’empêche de s’approcher pour distinguer plus précisément la forme de ses doigts - sont-ils toujours aussi habiles ? Voilà qu’il lève la tête, comme alerté par un sens aiguisé du regard scrutateur de la romancière.
N’est-ce pas étrange cette façon dont on se sait observé ? Olimpia a expérimenté bien des fois le regard des hommes - sur ses fesses ou son décolletés, sur ses hanches ou ses lèvres, sur son corps, plus souvent par derrière que par devant - et trouve le moment étrange. Est-ce mal ? La question l’effleure. Est-elle une sauvage ?

Quand elle croise le regard, elle reconnaît dans les traits de l’ouvrir quelque chose d’héroïque. Elle trouve dans son visage la brutalité herculéenne mêlée à la délicatesse d’un Apollon que l’on aurait jeté sur terre en guise de punition.

Olimpia voudrait rire mais ce n’est pas dans sa nature alors, sans un mot ni même un sourire, elle s’en va, emmenant avec elle l’image de deux mains brunes aux veines saillantes et aux doigts agiles.
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Eusebio Bataglia
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Messages : 982
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Avatar : jon kortajarena + lux aeterna
Occupation : charpentier de marine.
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MessageSujet: Re: worship (eusebio)   Mer 9 Mai - 1:44



Pour un charpentier de marine, il y a peu de travail aussi dégradant que de poncer un bateau qui n'est pas le sien. Et je dis bateau : il s'agit plutôt d'une barque. Eusebio va être payé une misère pour trois heures de travail en plein cagnard et ce par un propriétaire assez rapia pour ne même pas vouloir payer la sortie de l'eau de sa coque de noix de merde. Ca, mes amis, c'est ce qu'on appelle du bizutage de port. Pour Eusebio, qui a construit des bateaux que plus personne n'espérait construire au monde, qui a donné vie à des édifices flottants sublimes, c'est une forme d'humiliation certaine. Mais il ne bronche pas, il exécute, ça anesthésie sa fièvre d'ambition. Dans l'humiliation il trouve l'humilité, et il se dit que dans l'humilité il trouvera peut être l'endurance nécessaire à faire un pas de plus vers sa réalisation ultime.
Il gagne sur ces types qui se croient malins en prenant vraiment le temps de bien faire ce qu'il est en train de faire. Pour prendre le temps de réapprendre, de se réapproprier ces gestes qu'il n'a pas effectués depuis des siècles, du moins pas pour cette tâche précise. Il sent le vieux bois s'évacuer sous ses doigts, partir comme on part à la retraite, en n'étant pas dupe, en sachant que c'est la fin. Il donne du temps à cette barquasse à trois sous et en donnant du temps à quelque chose on lui donne de l'amour. Il recommence les manipulations de ses débuts, de ses premiers émerveillements de gamin qui comprend que de quelques planches bien travaillées il peut faire naitre une embarcation. Il retrouve ce bonheur rassurant de pouvoir se tenir debout sur un support aussi précaire où un pauvre bout de bois seul le protège du gouffre de la mer. Il redécouvre ce pouvoir de marcher sur l'eau comme au premier jour où il a compris qu'il n'avait plus besoin d'avoir peur d'elle parce qu'il avait trouvé l'arme pour la maîtriser. Tu n'as plus jamais besoin d'apprendre à nager, Eusebio : tu sais maintenant passer au-dessus des fonds. Probablement que l'ami constructeur de bateaux de son père lui avait sorti une phrase aussi grandiloquente pour le rassurer ou surtout pour se racheter de sa noyade dont il se sentait en grande partie responsable, mais peu importe, il avait eu raison : Eusebio était devenu maître des eaux.

Et debout sur cette barque, et même si le lac de Garde remue moins que la mer qui l'a vu grandir presque mourir puis grandir encore, il retrouve cette excitation de se découvrir un nouveau pouvoir. Peu importe la tentative d'humiliation, peu importe son corps, ses cheveux qu'il malmène et la sueur qui coule. Il est debout sur l'eau et c'est une victoire sans cesse renouvelée.
Il faut au moins un niveau de conscience du présent aussi aigu que celui qu'il a à ce moment même pour se sentir observé d'aussi loin et en plein travail. Il ne se tourne pas tout de suite, Eusebio : c'est compliqué de ce détaché d'un tel bouquet de sensations qui reviennent avec la violence d'un boomerang. Il laisse l'instinct grandir. Il veut savoir par qui il est regardé parce que si c'est un des types du port ou du chantier alors se retourner serait une forme de défaite. Il n'a pas de supers pouvoirs, c'est un homme simple, un homme de la sobriété, alors il a beau tergiverser des minutes entières il n'arrive pas à déterminer à quels traits, quelle odeur, appartiennent les yeux qui au fil des secondes se sont mis à le transpercer. Alors il tergiverse à nouveau quelques minutes, et cette fois le débat n'est pas d'utiliser un don de médium qu'il ne possède pas, non, il s'agit d'un débat stratégique. S'il perd cette bataille là il est bon pour d'autres bizutages. S'il la gagne, il gagne sinon du respect, au moins de l'indifférence. Oui : le monde du port est aussi primaire et animal que ça. Et pour la peine, d'ailleurs, pour désamorcer cette atmosphère de primates en rut justement, Eusebio prend la décision. Il décide de s'en foutre. De s'en foutre parfaitement, complètement, absolument. Il se retourne un air de défi vissé dans la gueule et à sa grande surprise découvre une silhouette de femme élégante. Ses habits, sa peau blanche lui font comprendre qu'elle ne fait pas partie des gens du port. Le fait même qu'elle soit une femme aurait pu de toute façon suffire à le déterminer.

Le problème quand on est quelqu'un comme Eusebio, avec une ouverture d'esprit assez large, c'est qu'on se dépêtre difficilement des clichés qu'on nous a implantés dans le cerveau. Eusebio est sicilien born and bred - nato e cresciuto plutôt - et avec la Sicile viennent les vieux stigmates du machisme. Il se trouve aussi nu et ridicule qu'un enfant sur le pot, à se voir soudainement maté comme les mâles matent les femelles dans les rues de son île. N'a aucune idée de comment réagir, a soudainement désagréablement conscience de son corps, de comment il se tient, comment il respire. Il ne sait plus s'il doit bouger, comment bouger : un lapin dans les phares d'une voiture. Elle est discrète et délicate dans son observation, puisqu'il comprend qu'elle doit se tenir là depuis bien plus longtemps qu'il ne le croit, mais elle aurait pu le siffler ou venir lui claquer le cul qu'il n'aurait pas été plus décontenancé. Si son corps ne sait que faire, ses mots encore moins, et il se tient coi, sourcils qui se froncent lentement sur des yeux écarquillés. S'il savait nagé il aurait peut être fait une action complètement nulle de type se jeter à l'eau, mais même cette alternative ne lui est pas disponible.
Voilà soudainement que c'est la femme qui lui offre une issue de secours : sans changer d'expression le moins du monde, elle l'épargne soudainement de son regard (ou "lui redonne la permission de respirer"), tourne les talons et s'en va. Et Eusebio, qui n'a jamais été homme à remarques spirituelles ou pirouettes élégantes en toutes situations sociales, Eusebio, non content qu'on lui enlève ce mystérieux fardeau, retourne à la seule chose au monde qu'il sait vraiment faire, doigts dans les copeaux de bois.

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worship (eusebio)
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